Page de référence sur le diocèse de Québec
Site du Regroupement des agentes et agents de pastorale laïques du Diocèse de Québec
Voici la lettre pastorale sur l'évangélisation au coeur du projet pastoral de l'Église publiée en septembre 1999.
Lettre pastorale
de
Mgr Maurice Couture
sur
l'évangélisation
au coeur du projet pastoral de l'Église
Aux prêtres,
aux diacres,
aux agents et agentes laïques de pastorale,
aux chrétiennes et chrétiens engagés en Église,
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"Dieu veut que tous les humains soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité." (1) Cette joyeuse conviction a lancé saint Paul sur toutes les routes du monde. Son "malheur à moi si je n'évangélise pas" (2) continue de hanter la conscience d'une Église appelée à diffuser le message de Jésus Christ à toutes les personnes de bonne volonté.
L'Église de Québec s'est appropriée cet appel tout au long de sa démarche synodale (1992-1995): des milliers de diocésains et de diocésaines, de tous âges et de toutes conditions, se sont senties concernés par le thème "S'évangéliser pour évangéliser". Cette mobilisation, vécue comme une grâce, nous a fait "prendre la route ensemble" en nous situant sur une trajectoire spirituelle commune qui nous reliait à nos sources et nous renvoyait à l'essentiel de la mission: l'évangélisation. Elle a conduit également à la formulation de nombreuses pistes d'action pour un meilleur service du peuple de Dieu qui appartient au diocèse de Québec et cela, pour de nombreuses années. L'ensemble de ces propositions peut se ramener également au commun dénominateur de l'évangélisation.
Quatre ans après la promulgation de la Loi synodale, notre Église vite encore du souffle de l'Esprit qui nous a tout mis en mouvement. L'immense espérance soulevée par le Synode diocésain, tel un ferment toujours agissant, continue à inspirer notre action pastorale.
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De son côté, le Pape Jean-Paul II rendait publique, en janvier dernier, son exhortation postsynodale Ecclésia in America, invitant l'Église en Amérique à ouvrir des voies nouvelles pour l'évangélisation. Coïncidence heureuse, l'Assemblée des évêques du Québec publiait peu après un document inspirateur et intégrateur de toutes nos activités dans le domaine de l'annonce de l'Évangile. En effet, Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle au Québec
(3) propose un horizon capable de rassembler nos meilleures initiatives et d'en inspirer de nouvelles. Ces deux interpellations arrivent à point pour raffermir les coeurs fatigués et restaurer les énergies qui faiblissent.
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En effet, devant l'ampleur actuelle de la tâche et les limites de nos ressources, il y a un risque réel de dispersion chez les personnes engagées dans l'action pastorale. Il leur arrive de passer d'un comité à un rendez-vous, d'une animation à une célébration, comme s'il s'agissait d'autant de "dossiers" indépendants et de chantiers parallèles. Aux jours de fatigue, on a parfois l'impression d'être mis en face d'une mission impossible et devant une tâche de plus en plus fragmentée. Dans ce contexte, il importe de proposer une cohérence d'ensemble, une vision d'Église, un projet pastoral qui permettent d'intégrer dans un tout unifié les divers aspects de la tâche pastorale et les différentes activités qui la composent.
Par ailleurs, les réaménagements pastoraux actuels, s'ils sont perçus comme un mode de gestion de la décroissance, s'avèrent vite démobilisateurs. Pour devenir porteurs d'avenir, ils doivent être soutenus et inspirés par un projet intégrateur, de manière à engager notre Église dans de nouvelles actions missionnaires et à lui faire franchir d'autres pas sur les nouveaux chemins pastoraux qui s'ouvrent devant elle.
L'importance de mobiliser l'ensemble des chrétiens et des chrétiennes du diocèse de Québec m'invite aujourd'hui a proposer un projet qui rappelle clairement la mission de l'Église au milieu du monde, qui inspire, dynamise et entraîne tous ceux et celles qui, fascinés par l'Évangile, se sont un jour, de bon coeur, consacrés à son service. C'est dans le but de proposer un idéal qui nous rassemble et nous fasse vivre que je m'adresse à vous aujourd'hui.
Un projet intégrateur
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Comme en faisait état le Directoire général pour la catéchèse (4), l'évangélisation représente un processus global capable d'inclure et d'unifier en un tout cohérent l'ensemble des activités pastorales de l'Église. Ce processus comporte des étapes ou des moments essentiels qui jalonnent le parcours complet d'une vie chrétienne. L'Église qui, à la suite de son Seigneur, "prend la route de l'homme" (Paul VI), accueille des personnes dont les itinéraires sont très diversifiés et qui se situent à l'un ou l'autre moment de ce parcours. Elle devient, de ce fait, la joyeuse collaboratrice du "semeur qui est sorti pour semer" sa Parole dans le coeur des humains. Toutefois, comme le suggère la parabole (5) les "terrains" où tombe la semence offrent des dispositions très variées. Ainsi, un certain nombre d'enfants, baptisés dès la première enfance, demandent de célébrer les sacrements de la confirmation et de l'eucharistie sans avoir reçu aucune autre initiation à la foi et sans avoir encore développé un réel attachement explicite et personnel à Jésus Christ. Ils se présentent à nous avec, pour toute disposition, la capacité de croire hérités de leur baptême et la présence en eux de l'Esprit Saint.
S'ajoutent de plus en plus fréquemment d'autres enfants non baptisés, pour lesquels les parents n'acceptent que tardivement l'éducation chrétienne. Pour des raisons pratiques, l'étape du catéchuménat se passe habituellement sans que l'occasion leur soit donnée d'entrer réellement dans l'expérience de la vie chrétienne. Enfin, beaucoup de pré-adolescents et d'adolescentes, qui ont reçu les sacrements de l'initiation chrétienne, demeurent hésitantes avant d'engager toute leur vie avec Jésus Christ, quand ils ne s'éloignent pas simplement de toute expérience ecclésiale.
Parmi les adultes avec lesquels l'Église de Québec chemine aujourd'hui, certains sont des sympathisants ou des "craignants-Dieu", d'autres des "recommençants", d'autres encore des chrétiens engagés à plein dans la vie des communautés. Or, la pastorale de l'Église s'adresse à quiconque cherche Dieu (6)
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Si notre Église veut prendre réellement "la route de l'homme" et accompagner nos contemporains dans toutes leurs situations, elle doit pouvoir emprunter tous ces itinéraires et être disposée à faire un bout de chemin avec toutes les catégories de personnes. Bien plus, l'Église de Québec inscrit aujourd'hui son action pastorale dans un terreau humain façonné par une culture qui a connu des mutations en profondeur.(7) Cette évolution constante oblige à réinventer un langage apte à dire la foi dans cette nouvelle culture. Pour l'Église engagée à la suite du Seigneur, lui qui a totalement épousé la condition humaine, servir l'Évangile dans la culture nouvelle représente une grâce, non pas un fardeau. Le pluralisme commande que notre dispositif pastoral nous permette de cheminer avec des gens qui connaissent, répétons-le, des itinéraires spirituels très différenciés. Dans ce contexte particulier, il semble nécessaire d'articuler l'ensemble de nos initiatives pastorales autour d'une vision de l'évangélisation.
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L'Évangélisation, comme processus global, veut permettre à chaque personne, dans sa situation propre, de rencontrer Jésus Christ et d'emprunter le chemin de l'Évangile. Ce processus nous permet non seulement d'ordonner l'ensemble de nos activités pastorales, de les situer dans un cadre unificateur, mais aussi de réfléchir aux grands défis actuels de l'Église que le Synode diocésain a identifiés:
- la poursuite des initiatives en pastorale sociale, élément constitutif de toute évangélisation (Loi synodale, art. 25 à 27; 42);
- le renouveau de l'initiation à la vie chrétienne des enfants et des jeunes des adolescents et des adultes (Loi synodale, art. 100 à 105);
- la prise en charge, par l'Église, de la catéchèse des enfants et des jeunes: un défi immense et stimulant s'il en est un (Loi synodale, art. 12);
- les initiatives toujours nécessaires en pastorale-jeunesse (Loi synodale, art. 6 et 7);
- l'accueil des personnes en quête spirituelle (Loi synodale, art. 109);
- l'accompagnement des familles (Loi synodale, art. 1 à 6) et le cheminement avec les membres des familles recomposées (Loi synodale, art. 16, 17 et 20 );
- la relance de l'éducation de la foi des adultes (Loi synodale, art. 60 à 63 et 74);
- le travail auprès des recommençants (Loi synodale, art. 109);
- l'accompagnement des personnes souffrantes et mises devant des choix éthiques difficiles (Loi synodale, art. 24 et 48);
- la formation chrétienne et spirituelle des personnes engagées dans l'Église (Loi synodale, art. 54, 65 et 66);
- la revalorisation de l'homélie (Loi synodale, art. 89, 90, 92);
- la présence de l'Église dans les médias (Loi synodale, art. 42 et 44), etc.
En somme, c'est toute la Loi synodale que nous pouvons relire en situant l'ensemble de nos chantiers pastoraux dans le cadre unificateur que représente le processus d'évangélisation. (8)
Relancer l'initiation chrétienne
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En m'appuyant sur la Loi synodale, en m'appuyant aussi sur toutes les consultations effectuées depuis lors dans notre diocèse et sur les expérimentations qui ont déjà produit de beaux et bons fruits, en m'appuyant finalement sur l'invitation explicite que nous adresse le document de l'Assemblée des évêques du Québec, je voudrais élaborer ma pensée sur cette dimension primordiale du processus d'évangélisation qu'est le renouveau de l'initiation à la vie chrétienne. Même si ce renouveau ne se limite pas à la préparation des jeunes aux sacrements de l'initiation chrétienne comme nous le verrons plus loin, les efforts investis en ce domaine particulier méritent qu'on leur porte une grande attention.
Depuis quatre ans, cette question a connu bien des avancées. Dans toutes les régions du diocèse, elle a fait l'objet de consultations et même d'un colloque diocésain. Après consultation de mes différents conseils, j'ai approuvé les orientations en vue d'une expérimentation. Celle-ci, réalisée dans plusieurs paroisses, s'est avérée concluante. Vient pour nous aujourd'hui le temps de récolter les meilleurs fruits de toutes ces expériences et de proposer de nouveaux pas à faire, pour que nous puissions avancer ensemble. Il faudra, d'une part, diffuser l'information appropriée, laquelle devra désormais s'adresser aux différents groupes d'âges et non plus aux seuls jeunes d'un niveau scolaire donné, et, d'autre part, opter résolument pour une perspective d'initiation à la vie chrétienne où la paroisse assume de plus en plus la dimension catéchétique de cet aspect essentiel de sa mission.
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De fait, les situations sont parfois si différentes et les itinéraires spirituels souvent si diversifiés qu'il ne convent plus de proposer indifféremment à tous les enfants d'un groupe scolaire ou d'un âge déterminé la célébration d'un sacrement. S'il faut se soucier de l'action pastorale auprès des enfants de tous âges et se préoccuper d'avoir une présence pastorale signifiante et évangélisatrice auprès d'eux, cela ne revient pas à dire que tous doivent célébrer au même âge les sacrements de l'initiation. Autant il importe de faire circuler à l'école primaire une information pertinente sur les activités pastorales destinées aux enfants, autant il n'est plus opportun d'adresser à un seul groupe la proposition de la célébration d'un sacrement. Celle-ci n'est pas liée à un groupe d'âge ou à un niveau scolaire, mais à un itinéraire dans la foi.
De plus, il importe que, progressivement, les paroisses offrent un cheminement catéchétique plus ample et plus complet de manière à assumer la dimension catéchétique de l'éducation chrétienne. Si, depuis 1984, les programmes scolaires offrent toujours des cours d'éducation morale et religieuse catholique pour ceux qui le demandent, dans les écoles publiques du Québec, il n'existe plus de programme officiel de catéchèse. L'Église de Québec doit donc, suivant en cela une recommandation de son Synode diocésain (9), assumer le plus rapidement possible ses responsabilités dans ce domaine, quoi qu'il en soit par ailleurs des évolutions quant à la place de la religion dans les écoles publique. On ne peut, comme Église, s'en remettre à d'autres instances dans ce domaine et jamais on ne doit consentir à négliger de proposer à la génération qui grandit l'adhésion au Christ et l'appartenance à l'Église comme chemin de vie et de liberté.
Les démarches menant à la célébration des sacrements de l'initiation chrétienne devront prendre de plus en plus la forme d'une véritable initiation à la vie chrétienne. Pareilles démarches ne reposant pas simplement sur l'acquisition de connaissances, elles devront s'apparenter à une formation chrétienne intégrale dans toutes ses dimensions: prière et célébration, agir moral, connaissance de Dieu et de sa Parole. Heureusement, nous ne sommes pas complètement dépourvus à ce chapitre. Les expérimentations des dernières années laissent entrevoir de belles réussites, même si le défi demeure immense. Il faudra compter sur un peu de temps pour y arriver complètement, mais tous, nous devons faire déjà des pas significatifs en ce sens, sans attendre davantage et sans nous satisfaire de la situation actuelle. On ne peut pas, en semblable matière, accumuler délais et reports sans conséquences importantes pour les années à venir.
Je demande donc à toutes les paroisses d'entreprendre, dès cette année 1999-2000, une véritable démarche d'initiation chrétienne. En conséquence, on informera le plus largement possible les parents et les enfants du fait que, dorénavant, une invitation particulière à célébrer le premier pardon, la première communion ou la confirmation, ne sera plus adressée spécifiquement aux enfants de la troisième et de la sixième année primaire. De même, à partir de l'année pastorale 2000-2001, on ne fera plus appel systématiquement à l'école primaire pour inviter les jeunes d'un groupe d'âge particulier et d'une classe donnée à célébrer l'un ou l'autre de ces sacrements. On veillera à ce que l'ensemble de la communauté reçoive une information suffisante. Pasteurs, agents et agentes de pastorale, personnes chargées de pastorale scolaire, membres du CPP et du service d'initiation chrétienne verront, suivant des modalités appropriées, mais qui peuvent varier à accueillir les personnes qui demanderont de célébrer ces sacrements. Les responsables diocésains et régionaux de l'initiation chrétienne offriront aux différentes paroisses un accompagnement pour que cette transition se fasse avec harmonie. Il importe surtout de développer, à l'étendue du diocèse, une "mentalité" 'initiation chrétienne, au-delà des particularismes régionaux ou personnels.
La revitalisation des paroisses
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Il existe plusieurs lieux pour faire Église et de nombreux moyens d'évangélisation. Toutefois, la paroisse, qui est Église dans un milieu humain, demeure un lieu privilégié pour annoncer l'Évangile. Dans la mesure où l'évangélisation devient une visée commune, toutes les paroisses et tous les agents pastoraux doivent demeurer ouverts aux virages qu'imposent les besoins actuels. En effet, l'adoption de l'évangélisation comme horizon commun a pour conséquence de nous engager dans une démarche de conversion et de rénovation fondamentales.
Ainsi, pour une paroisse, une unité pastorale ou un ensemble de paroisses regroupées, entrer dans une démarche de réaménagement pastoral signifie préciser son projet pastoral en le structurant à partir du processus d'évangélisation, de ses étapes, de ses objectifs et de ses moyens. Il s'agit en somme de se doter de moyens pastoraux adéquats pour cheminer avec toutes les catégories de personnes que nous rencontrons, de manière à leur fournir un accompagnement spirituel adéquat. Dans une Église évangélisatrice, on doit trouver des activités propres à assurer quatre parcours principaux (10):
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La présence au monde, animée par la charité et le témoignage d'une autre manière de vivre qui interroge, fascine, interpelle et tente d'imprégner et de transformer l'ordre temporel et la culture. Une présence et un témoignage qui s'exercent sur les nombreux "aréopages" (11) de la vie du monde, mais se réalisent également sur le terrain proprement ecclésial lorsque, par exemple, des gens dans le deuil ou dans l'épreuve viennent frapper à la porte du presbytère. Une présence et un témoignage qui s'adressent surtout aux distants comme au non-croyants ou à ceux qui vivent dans l'indifférence, pour les conduire à s'étonner et à s'interroger. Comme au temps des premiers chrétiens qui s'attiraient la faveur de tout le peuple par leurs gestes de partage et leur joyeuse cordialité (12), aujourd'hui encore, nos contemporains devraient pouvoir dire: "Cette manière de voir et de vivre des chrétiens est inspirante et donne sens, elle fait vivre et donne envie de nous engager à notre tour!" Pour que leurs interrogations débouchent sur l'annonce explicite de Jésus Christ, il faut que les gens rencontrés découvrent que nous sommes chrétiens. Il faut aussi des lieux ecclésiaux où les non-croyants peuvent être mis en contact avec l'expérience chrétienne, pour la découvrir, et des propositions qui leur permettent d'entrer en contact avec l'Évangile.
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La proclamation explicite de l'Évangile et sa première annonce suivent l'interrogation suscitée par la présence et le témoignage au fil de la vie quotidienne. Si la vie chrétienne est rayonnante, son attrait conduira des "sympathisants" à vouloir devenir chrétiens et ils demanderont de rendre compte de leur foi. Notre réponse visera à éveiller leur "désir de marcher" à la suite de Jésus ou à "susciter leur foi". Des gens ayant découvert, par la première annonce, ce qui est à la source de ce comportement nouveau que représente la vie chrétienne voudront en savoir plus au sujet du Christ et de son message. Ils voudront le connaître, le découvrir, le suivre. C'est le moment de l'éveil religieux et de la proposition explicite de la foi.
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L'initiation à la vie chrétienne proprement dite devient alors possible. Elle est destinée aux personnes de tous les âges qui s'engagent sur les pas du Christ. C'est ici que se situe l'activité catéchétique d'initiation qui conduit les fidèles " à mieux connaître le Christ et à s'identifier à lui";. Elle s'adresse à ceux et celles (enfants, adolescents, jeunes et adultes) qui ont choisi l'Évangile et qui s'initient à la vie chrétienne, ou encore à ceux qui ont besoin de compléter, de reprendre ou de restructurer leur initiation qui a été mal assimilée. Les objectifs de cette activité catéchétique sont d'approfondir la connaissance de Dieu et de sa Parole, de développer l'adhésion au Christ, ode favoriser les moeurs et de favoriser la vie dans l'Esprit. Cette étape vise à "donner un fondement à la première adhésion et la faire mûrir" (13). Cette connaissance du message révélé et cet apprentissage de la vie chrétienne entraînent un changement progressif de la mentalité et des manières de vivre et aboutit à la profession de foi.
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Vient enfin la croissance dans la foi, par la participation à la vie de la communauté chrétienne et par l'éducation permanente. Elle s'adresse aux personnes qui ont décidé, explicitement, d'être disciples de Jésus et qui ont une vie de foi active. Cette dimension du projet pastoral se réalise par la vie en Église, la célébration des sacrements, l'engagement chrétien et la catéchèse aux adultes.
Les réaménagements pastoraux
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Si j'ai tant insisté sur le processus d'évangélisation, c'est qu'il doit être premier dans l'élaboration d'un réaménagement pastoral. L'entrée dans un réaménagement pastoral procède donc d'abord de la volonté commune de se mettre au service de l'évangélisation. Toutes les paroisses doivent s'y engager si elles veulent répondre à leur mission. Ce processus n'est valide que moyennant une large participation des paroissiens et paroissiennes. Dans la plupart des cas, l'opération conduira à des changements d'effectifs, d'abord au plan des initiatives pastorales développées dans les milieux, souvent dans les modalités d'animation des communautés. Souvent aussi, et par voie de conséquence, seront décidées des modifications au plan des cadres pastoraux ou des formes d'organisation paroissiale.
On aura compris que les réaménagements pastoraux ne sont pas simplement déterminés par des éléments d'ordre quantitatif (population des paroisses, nombre de prêtre, distance entre les lieux de culte, etc.). S'il faut être assez réaliste pour prendre en compte ces différents facteurs dans les aménagements que nous pourrons imaginer, il faut affirmer clairement que les réaménagements pastoraux ne procèdent pas à partir de ces considérations, mais sont déterminés par une véritable option missionnaire et évangélisatrice.
Dans cette perspective, la fusion des paroisses ne peut constituer un objectif en soi, pas plus cependant que le maintien en son état du réseau paroissial actuel. Aune de ces voies ne garantit l'authenticité évangélisatrice du projet pastoral de notre Église diocésaine. Les modifications de territoire comme le maintien du statut des paroisses doivent être considérés comme des moyens: l'évangélisation demeure la norme première qui permet d'opérer le discernement quant aux choix des formes d'organisation pastorale.
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À l'examen de la situation actuelle et des expériences réalisées, différents modèles s'avèrent recevables, aussi bien quant aux différents types de "paroisse" à imaginer qu'aux formes d'organisation du ministère. Parmi les différentes façons de faire paroisse et d'organiser les ministères, mentionnons entre autres:
* La formation d'unités pastorales qui favorisent réellement le partage des ressources, l'émergence véritable de nouveaux ministères, l'innovation pastorale et l'investissement dans de nouvelles activités pastorales.
* La revitalisation des paroisses existantes à partir du développement plus accentué de la prise en charge communautaire, valorisant notamment le recours à des répondants laïques, le développement de partenariats et de collaborations avec d'autres paroisses, tout cela permettant un meilleur service pastoral et la création de nouvelles activités pastorales.
* La valorisation du statut de desserte qui assure une bonne autonomie à une communauté chrétienne sans lui donner les lourdes obligations qui reviennent à la paroisse. Une telle modalité doit aussi permettre le recours à des répondants laïques et la valorisation de collaborations avec d'autres paroisses. On pourra ainsi bénéficier de ressources plus diversifiées et participer à un éventail d'activités pastorales qui répondent mieux à l'ensemble des besoins d'une communauté. Dans cette hypothèse, il ne s'agit pas de multiplier les lieux de célébration, ni de créer une autre entité juridique, ni d'amorcer une fermeture déguisée pas plus que d'assurer à tout prix la survie d'un lieu de culte, ni de favoriser l'attitude résistante de repli sur son clocher. Il s'agit de permettre à L'Église d'exister au milieu d'une population bien identifiée, suffisamment stable et nombreuse, suivant une modalité qui corresponde à ses besoins les plus essentiels tout en maintenant des partenariats organiques et véritables avec d'autres paroisses.
* La création de nouvelles paroisses (14) de type "communautés", offrant une assiette satisfaisante pour des initiatives pastorales qui dépassent les capacités des unités paroissiales actuelles. Ces nouvelles paroisses intègrent en un nouvel ensemble quelques paroisses qui trouvent avantage à mettre en commun leurs efforts. Elles permettent l'émergence de ministères diversifiés, favorisant souvent la mise en oeuvre de nouvelles initiatives correspondant aux besoins diversifiés de la population actuelle.
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Quel que soit le modèle retenu, il faut garder comme objectif global la revitalisation ou la consolidation de la vie chrétienne dans les communautés d'habitation ou les milieux humains. D'une façon plus détaillée, il s'agit de poursuivre concurremment quatre objectifs:
* miser sur la prise en charge communautaire;
* valoriser le partenariat, l'entraide entre les communautés, les collaborations interparoissiales;
* être soucieux du respect des appartenances ou des identités locales;
* assurer le développement de nouvelles initiatives évangélisatrices
De plus, l'expérience montre que, lors du réaménagement des cadres paroissiaux, le vicaire épiscopal et son équipe d'animation régionale sont appelés à jouer un rôle important. Il leur revient:
* d'accompagner les équipes pastorales et les communautés chrétiennes concernées, tout au long du processus de préparation et de mise en oeuvre, tant au plan administratif que pastoral;
* de garder en vue les diverses dimensions impliquées dans une telle entreprise et, en conséquence, poursuivre ensemble plusieurs objectifs: proposition d'un changement qui engage le plus grand nombre possible de paroissiens, à toutes les étapes de la prise de décision, élaboration d'un projet pastoral mobilisateur, formation d'une équipe pastorale et affectation de ressources pastorales adéquates, clarification des questions administratives;
* de mesurer le rôle déterminant qui revient à l'équipe pastorale. Si l'on veut que le réaménagement réussisse, l'équipe pastorale doit l'adopter, être appuyée par un groupe porteur du milieu, consentir à travailler ensemble et s'en donner les moyens.
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Les choses ne se présentent pas de la même manière à la ville et à la campagne, mais les deux milieux ne peuvent échapper aux réaménagements pastoraux. Comment en serait-il autrement si l'évangélisation passe au premier rang de nos préoccupations ? Partout, il fait discerner si le maintien du statut de la paroisse épuise une communauté chrétienne et la fait mourir, ou s'il peut se concilier avec sa valorisation. Dans la même optique, il faut discerner si le remembrement des paroisses en une unité plus grande crée un traumatisme tel qu'il conduit un milieu à la dépression et la démobilisation. Souvenons-nous surtout qu'il importe de distinguer entre paroisse, lieu de culte et communauté locale. Les regroupements en des unités plus larges n'impliquent pas automatiquement la fermeture d'un lieu de culte ou l'abandon de toute vie chrétienne au niveau de la communauté locale. Dans ces situations, il faut en arriver à discerner ce qui doit être pris en charge dans le cadre d'une unité plus vaste. On n'a pas à choisir entre l'une ou l'autre valeur, mais ont doit garder en tension le souci de l'appartenance locale et l'ouverture à l'expérience paroissiale dans un cadre plus étendu. Cela dit, à la ville comme à la campagne, l'Église doit demeurer, d'une manière ou d'une autre, repérable et visible. Reste à déterminer, dans chaque cas particulier, quelle est la visibilité la plus appropriée. Les formes retenues pourront varie en conséquence.
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Enfin, il faut s'attendre à ce que les aspects financiers puissent être source de tensions dans le processus de réorganisation des paroisses. Pour satisfaire au principe de justice ou d'équité, il faudra peut-être aménager des transitions harmonieuses au moment de la mise en commun des avoirs. Si des modulations sont possibles, voire souhaitables parfois, un principe général demeure: la nécessité, dans tous les cas, de mettre en commun et de partager les ressources qui seront prioritairement consacrées aux dimensions pastorales des réaménagements. (15)
D'autres lieux d'expérience chrétienne
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Si la paroisse continue de représenter un lieu ecclésial privilégié, la rencontre entre l'Évangile et nos contemporains se produit de bien d'autres façons. Je pense entre autres à toutes les initiatives qui surgissent de la vitalité toujours étonnante des instituts de vie consacrée dont j'ai pu vérifier encore, los d'une récente tournée pastorale, la contribution inestimable à la vie diocésaine. La présence de l'Église au monde passe souvent par l'activité des personnes consacrées qui se distinguent aussi bien au plan de la solidarité ecclésiale qu'^`a celui de l'éducation de la foi ou de l'éveil à la prière. Je pense également aux groupes de prière, aux mouvements d'action apostolique et d'apostolat général dont l'apport demeure impressionnant. Certains d'entre eux réussissent à rejoindre des personnes habituellement peu présentes au milieu paroissial. La contribution de ces groupes à l'éducation de la foi des adultes est, sans contredit, de première importance. Je pourrais dire autant des centres de formation et spiritualité dont les initiatives sont en mesure d'appuyer le projet d'évangélisation que la présente lettre pastorale veut mettre en valeur. Je ne voudrais pas oublier non plus les nombreuses entreprises d'évangélisation auprès de groupes particuliers: le monde des arts, celui des jeunes, celui des exclus, notamment tout ce qui se réalise dans le domaine de la pastorale sociale pour la promotion de la justice et du soutien des plus faibles. Des laïques engagés au nom de leur foi, des prêtres, des diacres et des agents et agentes de pastorale, des bénévoles oeuvrent sur ces différents terrains. À cette énumération qui pourrait s'allonger, tant les initiatives sont variées et nombreuses, il nous faut ajouter le travail réalisé dans différents réseaux institutionnels: les écoles primaires et secondaires, les cégeps, l'université, les centres de santé, les centres de détention, etc.
Si l'on veut parvenir à une action pastorale cohérente dans le diocèse, la perspective de l'évangélisation que je présente ici en lien avec les principales instances diocésaines et dans la foulée du Synode diocésain, doit être endossée par l'ensemble des intervenants, quel que soit leur secteur d'activité. Je suis sûr d'ailleurs de répondre à leurs attentes.
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Enfin, pour marquer la priorité à l'évangélisation, j'ai pris la décision de constituer une équipe diocésaine d'évangélisation. Dans l'immédiat, son mandat est défini comme suit:
* Procéder à un inventaire des entreprises évangélisatrices en cours ou en projet (dans le diocèse ou ailleurs) et offrir un support aux régions pour l'ouverture de certains chantiers prioritaires. Un tel support peut être étendu aux centres de santé, aux communautés religieuses ou autres groupes d'expérience chrétienne.
* Favoriser le lien entre l'Église diocésaine et les différents groupes et mouvements qui agissent au plan de l'évangélisation de manière à manifester cohérence et complémentarité entre les charismes et l'institution.
* Promouvoir les initiatives au plan diocésain dans le domaine de l'évangélisation, spécialement auprès des personnes non rejointes par nos organismes habituels et auprès des "recommençants".
* Assurer la diffusion de la vision diocésaine d'évangélisation afin d'en arriver, autant que possible, à une mentalité évangélisatrice dans nos différents secteurs d'intervention.
Des ministères exercés en
solidarité au service de la mission
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La véritable richesse de l'Église réside dans ses membres, ces personnes de tous âges et de toutes conditions à travers lesquelles le Christ se fait le voisin de tous et chacun. C'est à partir de ses membres que l'Église se construit et c'est à partir de la vie des fidèles et de leur témoignage que l'Évangile se diffuse dans l'ensemble de la société. C'est l'Église toute entière qui est évangélisatrice et l'Église, comme peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l'Esprit, doit susciter tous les dons de l'Esprit, autant pour assurer la vie de la communauté que pour porter l'Évangile au monde. Quant aux ministères particuliers, ils s'insèrent et se situent dans cet ensemble et représentent des services plus spécifiques pour la vie de la communauté et la pénétration de l'Évangile dans le monde. C'est dire que l'évangélisation ne repose pas avant tout sur programme ambitieux et cohérent, ni sur une organisation forte et mobilisée, mais sur les membres de la communauté.
Ainsi l'Église de Québec regarde-t-elle avec fierté l'engagement de plusieurs chrétiens et chrétiennes sur les terrains social, économique, culturel, etc. Les nombreuses initiatives dans les domaines de la promotion de la personne, de la lutte en faveur de la justice méritent notre estime et notre considération. Ces personnes doivent être soutenues et nourries en Église. Méritent la même attention toutes ces personnes anonymes qui témoignent de l'Évangile au quotidien, dans leur famille, leur milieu de travail, leur cercle d'amis. Persévérance et humilité donnent à leur témoignage une force aussi sûre que discrète.
Les communautés chrétiennes doivent être reconnaissantes envers les nombreux bénévoles engagés dans différents chantiers et selon des modes fort diversifiés, qui vont de la participation aux différents conseils jusqu'à des tâches bien concrètes comme l'entretien des bâtiments, en passant par l'engagement dans de nombreux services et comités de paroisse. Bref, le service l'Évangile a besoin de nombreux artisans et il faut reconnaître la contribution de chacun à l'édification de l'Église et à sa mission. La tradition établie ici et là de saluer par une fête annuelle la contribution des bénévoles à la vie de nos paroisses dit combien notre Église vit de l'action de ses membres.
Les ministères reconnus confiés
à des personnes laïques.
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Parmi de nombreux artisans qui oeuvrent au service de l'Évangile, j'aimerais mentionner les personnes que j'appelle, à un titre particulier, à collaborer à l'animation pastorale dans l'Église de Québec et préciser en quoi leurs rôles se distinguent et s'harmonisent. (16)
À la suite de nombreuses consultations menées au cours des dernières années et des études poursuivies par différents comités mis sur pied pour alimenter notre réflexion, j'en suis venu à dégager un consensus très large sur le fait qu'il est temps, pour notre Église diocésaine, de passer à l'action dans la reconnaissance de ministères laïques. J'ai donc décidé de reconnaître, dans un avenir prochain, certains ministères confiés à des personnes laïques - à ne pas confondre avec les ministères institués de lecteur et d'acolyte qui marquent les étapes d'accession au diaconat permanent et au presbytéral. À cet effet, j'ai constitué un groupe de travail qui établira, d'ici l'ouverture de l'année jubilaire, les normes de reconnaissance des ministères laïques, à partir des besoins auxquels ils répondent, de leurs champs d'exercice, des critères pour y accéder, etc.
En cohérence avec ce qui précède, les premiers ministères reconnus devront être directement reliés à l'évangélisation, autour de laquelle s'articule notre vision d'Église et qui est appelée à commander l'ensemble de la vie pastorale de l'Église de Québec et, par conséquent, l'organisation de ses ministères.
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Voilà pourquoi les ministères reconnus devront correspondre à des besoins pastoraux précis, bien identifiés et clairement délimités, dans la ligne de la mission de l'Église, tel que le suggérait le Rapport du comité d'étude sur les ministères à qui j'avais confié le mandat de réfléchir sur cette question (17). En cela, nous rejoignons les voeux exprimés lors du Synode pour les laïques et repris au Synode de l'Amérique. Les Pères synodaux recommandaient que l'Église reconnaisse certaines des fonctions pastorales exercées par des laïques comme des ministères, fondés sur les sacrements du baptême et de la confirmation, ministères propres et spécifiques, distincts des ministères ordonnés (18).
Est-ce dire que serait attribué, de manière automatique, un ministère reconnu à toute personne laïque qui a actuellement un mandat pastoral ou qui exerce une fonction pastorale dans l'Église de Québec ? Sans doute non ! Dans un domaine aussi neuf, la loi de la gradualité s'impose particulièrement. Mais si on ne peut tout réaliser d'un seul coup, le souffle qui anime notre Église nous pousse à faire des avancées significatives. Les premières initiatives dans ce domaine n'épuiseront pas toutes les possibilités et il nous faudra faire d'autres pas au cours des années à venir. Un accompagnement de ces premières expériences et une évaluation de leurs fruits permettront d'avancer avec prudence et détermination.
Les prêtres
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L'exercice du ministère des prêtres a évolué considérablement, lui aussi, au cours des 25 dernières années. Les prêtres ont dû faire preuve de beaucoup de souplesse et être ouverts aux changements, autant dans le mode d'exercice de leur responsabilité que dans les activités pastorales qu'ils ont été amenés à mettre en oeuvre. Ils sont aujourd'hui appelés à agir en synodalité, en prenant en compte les avis de leurs différents conseils, et en situant leur rôle dans le cadre des différentes contributions et collaborations (bénévoles, agentes et agents de pastorale, diacres). Ils n'agissent plus seuls, mais toujours en partenariat et en collaboration: ainsi le veut la vie synodale de l'Église qui promeut la consultation et la communion. Au milieu de cette complexité, la fonction de présidence du prêtre est de plus en plus apparue comme ce qui spécifie le mieux le ministère presbytéral parmi les autres ministères.
Que plusieurs prêtres se soient sentis désinstallés par toutes ces évolutions, il ne faudrait pas s'en étonner. La mutation a été si importante et l'évolution si rapide qu'elle a pu donner le vertige. Dans ce contexte, je suis plus porté à souligner les efforts d'adaptation des prêtres et leur générosité à relever de nouveaux défis. Comme évêque de l'Église de Québec, je suis heureux de compter sur un presbyterium de qualité sur lequel je peux m'appuyer dans la mise en oeuvre du projet d'évangélisation que je veux privilégier.
Dans ce contexte, l'exercice du ministère presbytéral est encore appelé à changer et à trouver des formes renouvelées. Il faut aujourd'hui favoriser de plus en plus l'investissement des prêtres dans des activités d'évangélisation. Comme nous y invitait la Loi synodale, il faut continuer à les libérer de certaines fonctions de manière à les consacrer "davantage au service de la mission de l'Église dans leur rôle propre de pasteur (19). En période de transition, nous devons trouver les moyens de fournir un appui administratif aux pasteurs. De plus, là où cela semble s'imposer, il faudra envisager sans tarder la possibilité de confier à des diacres et à des personnes laïques mandatées par l'évêque le ministère de l'animation de la prière lors des funérailles chrétiennes. Ces deux mesures, et d'autres à venir, indiquent ma volonté claire de recentrer le ministère des prêtres sur la présidence de l'édification de la communauté et sur les dimension évangélisatrice de leur ministère.
Enfin, le souci de la relève presbytérale doit être partagé à tous les niveaux et par toutes les instances de notre Église diocésaine. À ce chapitre, il faudra investir généreusement dans une pastorale vocationnelle dynamique et stimulante. Dois-je rappeler ici qu'il y va de la relève vocationnelle comme de la fécondité parentale: il fut avoir le goût de susciter une "descendance"(20).
Les diacres permanents
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L'établissement du diaconat permanent et son heureux développement au sein de notre Église diocésaine, illustrent bien ce qui est dit plus haut des ministères laïques. Ce n'est que progressivement que ce ministère a trouvé sa place dans notre Église et il ne faut pas se surprendre que des questions se posent encore au sujet de son intégration harmonieuse dans la pastorale d'ensemble. S'agit-il d'un ministère davantage orienté vers l'animation paroissiale générale ou vers le service des pauvres ? Ce ministère est-il d'abord rattaché à l'évêque, ou à une paroisse (via la participation du diacre au CPP ou à l'équipe pastorale) ? La réflexion se poursuit sur la place de l'épouse au moment de la formation du diacre et dans l'exercice de son ministère.
Tout nouveau ministère dérange et le changement ne s'opère jamais sans résistances. Cependant, après plus de 25 ans d'expérience, il est permis d'affirmer que le ministère diaconal a définitivement fait sa place dans notre Église diocésaine. Nous sommes reconnaissants pour les services rendus par les diacres et pour leur contribution à l'annonce de l'Évangile sur des terrains variés et souvent dans des milieux peu touchés autrement par l'Évangile. Des progrès significatifs ont été accomplis quant au processus de sélection des candidats, à leur formation et à la structuration du Comité diocésain des diacres permanents. De plus, les diacres eux-mêmes sont toujours soucieux de veiller à une meilleure intégration de leur ministère dans le projet pastoral d'ensemble de notre diocèse et à leur insertion spécifique au milieu des autres ministres de notre Église. N'empêche que l'institution des ministères laïques les obligera à réexaminer comment leur ministère pourrait mieux s'articuler avec notre projet diocésain et comment ils peuvent être encore mieux insérés dans le corps ministériel de notre Église.
Les animateurs et animatrices de pastorale
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Depuis une vingtaine d'années, l'Église de Québec a également bénéficié de l'apport important et de la précieuse contribution des agents et agentes laïques en pastorale. On peut constater à ce chapitre des évolutions intéressantes, aussi bien au plan des tâches confiées aux laïques qui exercent des charges ecclésiales qu'à celui de la clarification de leur statut, de la détermination de leur traitement, de la définition du parcours de formation ou des procédures qui encadrent l'exercice de leur fonction. Avec le recul du temps, on constate avec satisfaction tout le chemin parcouru permet d'affirmer le rôle irremplaçable des laïques mandatés dans notre Église.
La priorité donnée à l'évangélisation rendra leur rôle encore plus important. Les projets pastoraux développés localement dans le cadre des réaménagements pastoraux vont les amener de plus en plus à exercer de véritables responsabilités et à prendre en charge des domaines importants de l'activité pastorale de notre Église, au sein d'une paroisse, d'une unité pastorale ou d'un ensemble paroissial élargi. Ils seront appelés à s'investir de préférence dans des activités proprement évangélisatrices, comme la présence pastorale auprès des familles, l'initiation chrétienne, incluant le développement progressif d'une activité catéchétique au plan paroissial, le développement d'une présence significative au monde, le souci des personnes malades ou âgées. On le voit, à cette simple énumération, leur place est assurée dans le projet évangélisateur de notre Église. Sans être leur domaine exclusif et sans qu'il devienne leur unique champ d'action, le chantier de l'initiation chrétienne les concerne à un titre particulier. Ce n'est pas restreindre leur rôle que de le préciser, puisqu'il s'agit là d'une activité vitale pour notre Église et qu'engendrer des personnes à l'Évangile représente une responsabilité de premier ordre.
Plusieurs agents et agentes laïques assument l'animation pastorale à l'école primaire. Cette tâche est également exercée, avec compétence et dévouement, par d'autres personnes laïques. Je veux leur redire que cette présence à l'école primaire garde toute son importance dans notre mission d'évangélisation. Si la communauté paroissiale est appelée à des responsabilités accrues dans la formation chrétienne des jeunes, il n'en demeure pas moins que les activités pastorales vécues à l'école et le témoignage de foi donné par les personnes qui les animent peuvent grandement aider les jeunes à accueillir la Bonne Nouvelle dans leur vie.
Les répondants laïques en paroisse.
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L'idée de favoriser, là où la situation s'y prête, l'appel à des répondants laïques en paroisse fait lentement son chemin. Sans préjuger de la définition exacte du mandat de ces répondants laïques qui reste encore à préciser, j'estime que cette fonction peut représenter une solution heureuse dans certaines formes d'organisation pastorale. On parle ici d'une tâche bénévole, exercée par une personne ou mieux par une petite équipe. Il faudra cependant préciser en quoi cette tâche se distingue du rôle dévolu au Conseil paroissial de pastorale. De telles précisions devraient s'élaborer au cours des prochains mois, afin que certaines communautés puissent expérimenter la mise en place d'une équipe répondante et que nous tirions profit de cette expérience.
Conclusion
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Une nouvelle année pastorale se profile. Accueillons-la comme un don de Dieu. Pour ma part, lorsque le "poids du jour" se fait sentir, j'aime me souvenir de cette parole de Jésus: "Mon joug est facile à porter et mon fardeau léger"(21). Je regarde comme une grâce, et jamais comme un fardeau, le fait d'être au milieu de vous, à la suite du Christ, comme "celui qui sert" (22). Voilà le mystère propre de nos existences en Église: "Être comme celui qui sert". Quelle que soit votre condition, je vous invite, au début de cette année pastorale, à renouveler votre consécration au service de l'Évangile dans une attitude de recueillement.
Il m'arrive aussi, de ma résidence située tout près des lieux qu'ont habité nos illustres bienheureux et bienheureuses, de penser à ces hommes et ces femmes qui, avant nous, avec la force de l'Évangile, ont découvert un monde nouveau, rencontrant chez l'amérindien l'autre, semblable et différent, et consentant à faire avec lui leurs premiers pas en terre d'Amérique. Ayant récemment participé au Synode de l'Amérique, il m'est arrivé de penser que notre génération fait également face au beau défi de refaire une nouvelle découverte de l'Amérique. N'avons-nous pas, nous aussi, à marcher avec nos frères et soeurs, à bien des égards si différents culturellement des chrétiens et des chrétiennes d'hier ? N'est-ce pas redécouvrir un Nouveau Monde ? Je vous y invite, parce que j'ai la foi, foi au Christ et foi en la personne humaine. Bien sûr, pour découvrir ce Nouveau Monde, il nous faut larguer les amarres, quitter quelque chose du lieu que nous habitions encore hier. Cela nous désintallera un peu, mais n'avons-nous pas tout à gagner ?
Au cours de cette nouvelle année pastorale, je vous souhaite de rencontrer l'autre. Je vous souhaite surtout de découvrir l'Autre qui nous précède dans toutes nos Galilées, le Vivant à jamais, le Christ, notre espérance.
+ Maurice Couture, s.v.
archevêque de Québec
Références
1. 1 Tim. 2, 4.
2. 1 Cor 9,16.
3. Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle au Québec, Fides, Montréal, 1999.
4. Directoire général pour la catéchèse, Congrégation pour le Clergé (1997).
5. Mt 13,3.
6. Je reprends ici des termes que l'usage a introduits dans le langage pastoral (Redécouvrir la foi: les recommençants, Henri Bougeois, Desclée de Brouwer, 1998). Le document romain précité énumère autrement les diverses catégories de fidèles qui ont besoin d'être catéchisés: "Parmi ces adultes qui ont besoin de catéchèse, notre préoccupation pastorale va à ceux qui "ont reçu dans leur enfance une catéchèse correspondant à cet âge, mais qui se sont ensuite éloignés de toute pratique religieuse et se retrouvent, à l'âge mûr, avec des connaissances religieuses plutôt infantiles; à ceux qui se ressentent d'une catéchèse précoce mal conduite ou mal assimilée; à ceux qui, même s'ils sont nés en pays chrétien, voire dans un cadre sociologiquement chrétien, n'ont jamais été éduqués dans leur foi et sont, comme adultes, de vrais catéchumènes." Jean-Paul II, Exhortation apostolique Catechesi Tradendae, no 44.
7. On relira avec profit à ce sujet la présentation donnée dans la première partie de Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle au Québec, intitulée "La Parole annoncée en un lieu et dans une culture: quelques éléments de contexte".
8. Cette relecture de notre Loi synodale nous permet d'accueillir, non pas comme quatre tâches différentes et supplémentaires, mais comme des éléments d'un même projet, les quatre chantiers proposés par la récente déclaration de l'Assemblée des évêques du Québec, Annoncer l'Évangile dans la culture actuelle du Québec, à savoir: l'initiation chrétienne des jeunes et des adultes, la diversification des parcours et des itinéraires de foi pour les adolescents et les adultes, une reprise de la première évangélisation, la relance de l'éducation de la foi des adultes.
9. Loi synodale, art. 12.
10. Depuis quinze ans, nous avons beaucoup utilisé dans notre réflexion pastorale la notion des quatre axes de la communauté chrétienne, notion inspirée d'un passage des Actes des Apôtres (2, 42). Il s'agissait de mettre en lumière les éléments nécessaires à une pleine vitalité communautaire. Les quatre parcours ici mentionnés n'infirment en rien, sans se confondre avec eux, les quatre axes des premières communautés chrétiennes. Ils sont décrits ici comme étapes de l'axe "éducation de la foi".
11. Le terme, "aréopage" inspiré des Actes des Apôtres (17, 19), est maintes fois utilisé dans les documents du Magistère pour désigner les lieux d'inculturation évangélique, v.g. Rdemptoris Missio, no 37; Vita consecrata, no 96 et sq.
12. Ac 2, 44-46.
13. Directoire général pour la catéchèse, no 80.
14. Il faudrait éviter, dans ce cas, d'employer le terme fusion qui évoque plutôt non seulement la suppression juridique d'une paroisse, mais souvent la fusion de sa communauté chrétienne avec celle d'une autre paroisse et parfois, la fermeture de son lieu de culte.
15. Sur cet aspect financier des réaménagements pastoraux, l'administration diocésaine a élaboré des orientations pertinentes dont on peut se procurer le texte à la Chancellerie.
16. Pour de plus amples développements, on relira avec profit le document publié par l'Assemblée des évêques du Québec :Au service de la mission: des ministères variés et solidaires.
17. Ce document de travail s'intitulait: Les ministères confiés aux laïques dans notre Église locale. Les pages 49 et 50 traitent spécialement des besoins pastoraux auxquels répondraient des ministères laïques.
18. Ecclesia in America, no 44: Christi fideles laïci, no 23.
19. Loi synodale, art 52.
20. L'importance des ministères ordonnés et l'urgence de la relève sacerdotale justifieraient de plus amples développements. On peut se référer à la lettre pastorale "Être prêtre aujourd'hui", publiée dans le numéro du 17 septembre 1997 de Pastorale-Québec qui a aussi consacré plusieurs pages au diaconat permanent dans son numéro du 4 mai 1992.
21. Mt 11, 30.
22. Lc 22, 27.
Pastorale-Québec, 22 septembre 1999.