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Dans ce décor de rêve Loin des bruits de la civilisation Loin des tapages inutiles Loin des traquenards sociétaux Loin des hurlements réducteurs Huit humains, frères par le sang et l'amitié Vivent une étonnante complicité.
Venant d'horizons divers Ayant des vécus riches Vivant de désirs profonds Souhaitant des demains prometteurs
Ces huit humains pêcheurs, pendant quelques heures confraternisent S'émerveillent de leurs prises S'émeuvent en évoquant les amours de leur vie Bénissent Bacchus et son précieux liquide Théâtralisent des faits divers Discutent des heures durant des mets à déguster Admirent celui qui dépèce les petites truites Eux qui préféreraient en pêcher de plus grosses Se bidonnent des histoires rocambolesques de Rosaire S'extasient devant les prouesses réparatrices de Richard Sont médusés devant les silences significatifs de Michel Constatent avec ravissement les constructions de Romuald Sont étonnés par la transparence émotive de Guy Se méfient des entourloupettes d'Élie Sont magnétisés par la franchise de Claude.
Moi, Jacques, qui écris ce poème Pour rien au monde, j'échangerais ces compagnons Malgré leurs propos farfelus Malgré leurs extases devant les filles des calendriers Malgré leurs jugements à l'emporte- pièce Malgré leurs histoires de cul Malgré leurs flèches acérées Contre les politiciens Contre les fanatiques religieux Contre les crosseurs du système Contre les faux-dieux Contre les idéologues de tout acabit
Toi, le poète, laisse tomber ta colère, Pense à ces huit compagnons Qui, sur ce lac de rêve, Font le vide plein du quotidien Hument les fragrances de la nature Entendent le cri des huards S'attendrissent sur les rejetons des hirondelles S'affairent dans l'intendance domestique du camp Ronflent en chœur dans une diabolique et divine harmonie Se prêtent aux confidences d'un compagnon en détresse Montrent leurs corps nus aux regards indiscrets Prennent leurs pilules en se bidonnant Mordent tout simplement dans la vie Sans n'avoir plus rien à prouver à la galerie.
Vous qui lirez ce poème Sachez que ces huit compagnons heureux Admiratifs inconditionnels de la nature Se prêtent à des confidences Laissent tomber inopinément Par bribes leurs effluves amoureuses verbales Sous les regards ébahis de leurs interlocuteurs Sidérés par leurs prouesses verbales ou fictives. De loin, j'entrevois vos sourires amusés! Qu'ils sont vantards ces joyeux gaillards! Pour eux, les collines sont des montagnes Les patates brunes sont des pépites d'or Les « Toronto Wobbler » sont des étoiles filantes Leurs vers de terre sont de succulentes lentilles Leurs barques sont des Crossfire Roadster Les truites sont des Naïades.
Laissons rêver ces pêcheurs Laissons-les fraterniser Laissons-les vivre pleinement Dans ce décor de rêve La civilisation les rattrapera Bien assez vite.
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