|
Je vous envoie un bouquet
Je vous envoie un bouquet que ma main Vient de trier de ces fleurs épanouies, Qui ne les eut à ce vêpre cueillies Chutes à terre elles fussent demain.
Cela vous soit un exemple certain Que vos beautés bien qu'elles soient fleuries En peu de temps cherront toutes flétries Et comme fleur périront tout soudain. Le temps s'en va, le, temps s'en va, ma Dame, Las ! le temps non, mais nous, nous en allons, Et tôt seront étendus sous la lame, Et des amours desquelles nous parlons, Quand seront morts, n'en sera plus nouvelle, Pour ce, aimez-moi cependant qu'êtes belle.
Pierre de Ronsard, Amour de Marie, 1555.
Comme on voit sur la branche
Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose, En sa belle jeunesse, en sa première fleur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l'Aube de ses pleurs au point du jour l'arrose; La grâce dans sa feuille, et l'amour se repose, Embaumant les jardins et les arbres d'odeur; Mais battue, ou de pluie, ou d'excessive ardeur, Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose. Ainsi en ta première et jeune nouveauté, Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté, La Parque t'a tuée, et cendres tu reposes. Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs, Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs, Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.
Pierre de Ronsard, Amours, 1560.
Quand vous serez bien vieille
Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant : "Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle."
Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sommeillant, Qui au bruit de Ronsard ne s'aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre, et fantôme sans os Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ; Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain. Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain : Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578.
Ode à Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place, Las, las ses beautés laissé choir ! O vraiment marâtre nature, Puisqu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté, Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
Pierre De Ronsard Odes, livre premier, XV11
Page d'accueil | Autres pages
|
|