Émile Nelligan ou l'appel irrésistible de la poésie

La quatrième et dernière soirée publique réservait à Nelligan une sorte d'apothéose. Il y déclamait la Romance du vin. Ce poème était sa réponse devant les incompréhensions, les hostilités et les quolibets.

Ce soir-là, Nelligan connut l'ivresse de la gloire. après que la foule se fut dispersée, ses confrères enthousiastes le portèrent triomphalement jusque chez lui. Consumé par les veilles, par le travail, par l'unique souci d'achever son premier recueil de poèmes, il venait d'épuiser, semble-t-il, toutes les forces, toutes les lumières de son intelligence. Il était devenu un être pénétré de mysticisme, rimant des hallucinations et des cauchemars, peuplant de fantômes et de spectres cet univers où s'étaient jouées les rêveries de son enfance.

* Extrait de l'introduction des Poésies
   complètes de Émile Nelligan

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En 1896, Nelligan est un écolier au collège Sainte-Marie. Il a découvert la poésie et c'est de ce côté qu'il entend orienter sa vie. Négligeant versions et thèmes, de lui-même, il choisit pour maître celui qui a mis en branle ses puissances poétiques : Beaudelaire. Si ses notes d'examen sont faibles, il a du  moins, dans ses cartons, quelques sonnets et poèmes qu'il songe à publier. Avant même d'apprendre officiellement qu'il devra refaire sa classe de syntaxe, il peut lire en caractères d'imprimerie, son Rêve fantastique, publié le 13 juin. Et ce fait, sans doute, a plus d'imnportance à ses yeux que le second prix d'anglais et que le cinquième accessit d'élocution qu'on lui décerne ou que tous les prix qu'il aurait pu conquérir, s'il s'en était tout simplement donné la peine. Par une détermination plutôt étonnante à cet âge, son choix est irrévocablement fixé : il sera désormais poète.