Lettre à Bill Clinton

Cher Bill,

Tes déboires sexuels font jaser bien du monde sur la planète. J'ai même fait écrire mes élèves sur ta libido. Certains élèves sont durs envers toi et d'autres te pardonnent facilement.

Je ne t'écris pas pour te juger. Je suis un "bipède sans plumes" comme toi et j'essaie d'être bien dans ma peau sur cette planète. Ce n'est pas facile. Nous vivons dans une société où la consommation sert à nous étourdir. La religion ne nous offre plus un parapluie sécure. Le stress est une maladie dont plusieurs sont atteints. C'est une course folle. On court vers quoi ? Bonne question, mon cher Bill.

Je comprends que le sentiment de puissance doit être enivrant. Tu vis sur la place publique. La droite américaine scrupte ta vie privée. Tu vis dans une société où le paraître prime sur l'être. Pas facile d'éviter le jugement de ceux et celles qui ont voté pour toi.

Même si ce que tu vis présentement est pénible pour ton ego, tu rends service à bien du monde. Tu leur ouvres les yeux. Ils découvrent que tu n'es pas un dieu comme l'a écrit un de mes élèves, que tu es un être en cheminement, qui doit se servir de cette expérience pour intégrer.

De plus, tu fais découvrir à plusieurs que les mots sont trompeurs, qu'ils doivent ne plus croire, mais regarder lucidement tout ce qui vient de l'extérieur. Apprendre à ne pas croire est la plus grande protection que l'être humain peut se donner.

C'est ce que je m'évertue à enseigner à mes élèves. Je leur explique que croire place l'individu dans la dépendance et l'éloigne de sa propre centricité. Croire le rend vulnérable.

Les événements que tu vis permettent de tester la transparence de ton ego. Ton ego se rebiffe, se rebelle, se débat comme le diable dans l'eau bénite. confronté à la réalité incontournable d'avoir à agir à visage découvert. Tu n'as pas le choix. Tu ne peux pas te mentir à toi-même, car ta conscience te met de la lumière en pleine figure. Alors, comment t'évader, fuir ? Impossible.

Alors un travail profond commence. Tu entres au plus profond de toi-même et tu regardes ton êtreté sous toutes ses coutures sans condescendance. Tu n'as pas le choix. Tu dois épurer ce qui doit être épuré. Ton ego a l'impression de perdre la face, de perdre quelque chose. Ton ego comprend que l'intelligence est universelle, qu'il n'a pas de droit de propriété sur elle.

Plus tu entreras dans ta conscience, plus tu te rendras compte que sauter dans le vide est salutaire. Ce dépouillement, cette épuration permet à la créativité, à l'intelligence de se manifester. Comment l'individu surchargé par le poids de ses mémoires, de ses valeurs, de ses idéologies peut-il se sentir léger ?

Tu sais, Bill, que l'ego est très orgueilleux. Il adore créer de fortes impressions. Il se baigne dans les eaux tumultueuses des impressions qu'il a créées de toutes pièces pour se sécuriser et assujettir les faibles, les êtres qui n'ont pas d'identité.

Quand ton ego deviendra transparent, tu verras que ta vie deviendra calme et que la quiétude gagnera ton esprit. Tu ne te préoccuperas plus du devenir. Tu auras la certitude que ta lumière intérieure va éclairer tout ce qui doit être éclairé. Ta force intérieure te fera poser les gestes en accord avec ta vision de la vie, de la réalité sur tous les plans. Tu ne demanderas pas plus à ce monde qui t'entoure que d'être bien dans ta peau. Merci de m'avoir lu jusqu'à la fin.

Jacques Rancourt
Ton voisin nordique

Page d'accueil     |     Autres pages