Le professeur s'exprime

Comment aborder la philosophie ?

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Cette question se pose autant pour le professeur qui a à dispenser le cours que pour l'étudiant qui s'amène à ce cours. Le professeur considérera-t-il ses étudiants comme pouvaient le faire les premiers philosophes de l'antiquité? Se contentera-t-il de répéter ce que les autres philosophes ont dit et écrit? Amènera-t-il ses étudiants à observer la pensée philosophique seulement ou à remettre en question leurs propres pensées sur les questions abordées? Qu'en sera-t-il de l'implication des étudiants et du professeur par rapport aux sujets fondamentaux soulevés par le cours?

Il ne faut pas éluder ces questions, bien au contraire. Il est bien évident que les jeunes d'aujourd'hui vivent dans un monde très différent de celui qu'ont connu les étudiants d'il y a à peine un siècle. Qu'est-ce qu'un siècle dans l'histoire de l'humanité? C'est très peu et pourtant l'étudiant d'aujourd'hui pourrait faire pâlir le plus grand des philosophes anciens. Quand on regarde leur façon de concevoir l'homme, le monde, l'univers, ils nous paraissent bien naïfs pour employer un terme poli.

Ce n'est pas de leur faute si la télévision, les ordinateurs, Internet, la conquête de l'espace, l'avion supersonique n'existaient pas dans leur temps. Il faut leur pardonner si l'élève de maternelle en sait plus qu'eux sur bien des sujets. Aussi le professeur de philosophie ne peut aujourd'hui idéaliser cette époque et enliser trop longtemps ses élèves dans les balbutiements de ces philosophes aujourd'hui pour la plupart dépassés

royalement.
Les mêmes considérations peuvent être faites avec certaines nuances par rapport aux autres époques de l'histoire philosophique de l'humanité. Il faut les aborder avec une vision très critique et surtout ne pas faire siennes des idées complètement dépassées. Loin de l'idée du professeur de tout rejeter, mais la tentation est grande. Le philosophe d'aujourd'hui ne peut indéfiniment vivre sous le sécure parapluie des idées chéries par des générations passées. Un attachement idyllique à ces systèmes philosophiques d'hier n'amène que la fossilisation, les redites, la recherche de la connaissance érudite et le gonflement encyclopédique de l'ego du professeur de philosophie qui se baignerait trop dans ces eaux usées que même une usine philosophique de filtration moderne ne saurait recycler adéquatement.

Le temps des étudiants et du professeur est trop précieux pour s'adonner à la philosophie pour le simple exercice de "philosopher pour philosopher", spéculer pour spéculer. D'ailleurs, de nombreux étudiants abordent ce cours avec ce préjugé. Plusieurs ont la perception que philosopher, c'est un peu déraper, c'est ne pas avoir une prise concrète sur le réel. De là, à voir les philosophes comme des êtres vivant sur une autre planète, il n'y a qu'un pas et il est facile à faire. Se gargariser de concepts, mémoriser sans comprendre, palabrer n'amènent rien si ce n'est une surcharge des circuits. C'est une perte inutile d'énergie.

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