Gilbert Langevin (1939-1995)

Décès-verbal

pour me reconnaître au milieu du bétail
un détail
j'ai les yeux en croix

et les sanglots pleuvent sur les abattoirs
le cadran du coeur en sa cellule rouge
ronge son frein solaire

un serpent dans les entrailles
enquête sur le charivari
d'une nouvelle poétude sans père ni mère

consigne du festin vêtir ceux qui sont morts
pour hier ou demain pour la prochaine fête
on fabrique des ouvre-tête

d'ailleurs
le temps vient d'abolir le retard
d'ensevelir enfin les rêves sans saveur
de lyncher le scrupule notre peur d'avoir peur

victoire victoire
qui a crié victoire
pas facile de jeter l'ennui par dessus bord
quand les étoiles meurent au fond de la poitrine

jusqu'à la plante à bruits
profonde division d'attente
souffranciade en herbe alouette alouette
propagation de joie dans la moelle nubile
les ailes à l'embouchure des yeux surnagent

mais les plaies faussent vite le plan des songes
camouflent tout chant de haut-voltage
ah pouvoir parler l'argot des gens heureux
youp sur le mystère des chambres closes

bête à lumière noire
ma voix casse les noix du silence
fracasse la vitrine de l'ancien ciel

ô ma tête... sous les rouages de la Parole

Gilbert Langevin
Symptômes

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