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Ce paysage est sans mesure Cette figure est sans mémoire
J'écris sur la terre le nom de chaque jour J'écris chaque mot sur mon corps
Phrase qui rampe meurt au pied des côtes
J'ai refait le geste qui sauve Et chaque fois l'éclair disparut
Tu nais seul et solitaire ô pays
L'homme de mon pays sort à peine de terre Et sa première lettre est un feuillage obscur Et son visage un songe informe et maladroit Cet homme fait ses premiers pas sur terre Il s'initie au geste originel Et ses poignets saignent sur la pierre sauvage Et les mots écorchent sa bouche Et l'outil se brise dans ses mains malhabiles
Et c'est toute sa jeunesse qui éclate en sanglots
Tout commence ici au ras de la terre Ici tout s'improvise à corps perdu
Ma langue est celle d'un homme qui naît J'accepte la très brûlante contradiction
Je suis la première enfance du monde Je crée mot à mot le bonheur de l'homme Et pas à pas j'efface la souffrance Je suis une source en marche vers la mer Et la mer remonte en moi comme un fleuve Une tige étend son ombre d'oiseau sur ma poitrine Cinq grands lacs ouvrent leurs doigts en fleurs Mon pays chante dans toutes les langues
Je vois le monde entier dans un visage Je pèse dans un mot le poids du monde
Gatien Lapointe Ode au Saint-Laurent Quelques extraits
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