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Vers dorés
Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant Dans ce monde où la vie éclate en toute chose : Des forces que tu tiens ta liberté dispose, Mais de tous tes conseils l'Univers est absent.
Respecte dans la bête un esprit agissant... Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ; Un mystère d'amour dans le métal repose : Tout est sensible ; - et tout sur ton être est puissant !
Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie : A la matière même un verbe est attaché... Ne la fais point servir à quelque usage impie.
Souvent, dans l'être obscur habite un Dieu caché ; Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres.
Le point noir
Quiconque a regardé le soleil fixement Croit voir devant ses yeux voler obstinément Autour de lui, dans l'air, une tache livide.
Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux, Sur la gloire un instant j'osai fixer les yeux : Un point noir est resté dans mon regard avide.
Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil, Partout, sur quelque endroit que s'arrête mon oeil, Je la vois se poser aussi, la tache noire !
Quoi, toujours ? entre moi sans cesse et le bonheur ! Oh ! c'est que l'aigle seul - malheur à nous, malheur ! Contemple impunément le Soleil et la Gloire.
Gérard De nerval Les petits Châteaux de Bohême, 1852
Avril
Déjà les beaux jours, - la poussière, Un ciel d'azur et de lumière, Les murs enflammés, les longs soirs ; Et rien de vert : - à peine encore Un reflet rougeâtre décore Les grands arbres aux rameaux noirs !
Ce beau temps me pèse et m'ennuie. - Ce n'est qu'après des jours de pluie Que doit surgir, en un tableau, Le printemps verdissant et rose, Comme une nymphe fraîche éclose, Qui, souriante, sort de l'eau. (Les Petits Châteaux de Bohême)
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