Le plaisir de lire

Comme le magicien déjoue les regards, masque la réalité et mystifie la galerie, ainsi Olivier met au point des tours efficaces qui trompent la monotonie et métamorphosent l'uniformité des jours.
Ainsi, le jeune Olivier apprend-il à s'évader du milieu étriqué où il grandit sous la tutelle d'une tante castratrice. Progressivement, il découvre des brèches par où échapper à une destinée figée : l'instruction, la quête d'une profession, l'attrait de l'amour éblouissent et mobilisent, en même temps qu'il confondent, celui qui, enfant, n'a pas reçu la tendresse qui sécurise.

Les premiers paragraphes du roman

Placide L'écuyer est né le 2 décembre 1875. Il est le premier garçon, puisque deux sœurs, Clara et Emma, l'ont précédé dans la famille. Celle-ci comptera, ensuite, deux autres fils, Joseph et Eugène. Finalement, Régina, la benjamine voit le jour. Six enfants rapprochés par l'âge, comme il arrivait couramment à l'époque.

Les deux aînées se rendent vite compte qu'elles ont le pouvoir d'en imposer à leur frère, autant dans leurs jeux quotidiens, loin du regard paternel, qu'en présence de la mère plus que complaisante à l'égard de ses filles :

- Maman, regarde Placide, dis-lui de nous ficher la paix. Il n'a pas le droit de jouer avec nous.

- Placide, tu as ton cheval de bois et ta petite ferme. Amuse-toi et laisse tes sœurs tranquilles.

Et ainsi progresse leur enfance. Le petit frère, que la nature a fait singulièrement docile, obéit à sa mère et apprend à s'occuper, seul. L'unique modèle à reproduire se résume à l'activité agricole. Pourtant, les travaux de la ferme ne conviennent nullement au tempérament sensible et à la santé fragile de Placide. Il pourrait s'épanouir pleinement si des études poussées lui étaient accessibles.

Hélas ! les contraintes pécuniaires, d'après une coutume largement établie, exigent que le rejeton mâle quitte tôt l'école et commence, sans retard, à contribuer au revenu familial.

Le défaut majeur de Placide réside dans sa propension congénitale à la soumission, à l'obéissance, à la résignation. Sans cesse, du plus profond de son être, il s'ingénie à ne pas déplaire, à acheter la paix, à percevoir le moindre souhait de ses géniteurs comme la volonté d'un dieu contraignant qui punit l'indocilité.

La naissance des deux frères puînés devrait alléger l'isolement de Placide. À douze ans, comme les fils de tous ses voisins, celui-ci doit s'initier aux labeurs agrestes; dès le printemps, il passe ses journées aux champs ou à l'étable. D'octobre à mai, l'activité se confine davantage à la forêt. Le revenu familial est convenablement grossi par l'apport de l'adolescent qui ne touche pas le moindre salaire. Non seulement ne dispose-t-il que de peu de temps pour les loisirs mais, paradoxalement, ses appointements servent à l'instruction de ses deux sœurs pour lesquelles on paye le pensionnat, privilège rarement octroyé aux filles de paysans. Sans jamais récriminer, Placide se dévoue, peine, obéit.
     

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