Le plaisir de lire

Vers quinze ans, Marie-Lune éprouve une grande envie de liberté. Ses parents sont troublés. La vie était si paisible au bord du lac des Laurentides où la famille s'est installée.

C'est qu'Antoine est survenu, avec ses yeux verts, immenses, brillants comme la forêt des alentours les matins d'été. Et puis Marie-Lune a commencé à trouver la ville bien attirante.

C'est dans ces circonstances que la mort frappe. Marie-Lune chavire.
Québec/Amérique, 1997, 317 pages.

Les premiers paragraphes du roman

Ma mère a les cheveux bleus. Elle n'est pas complètement marteau, ni même un peu Martienne, mais simplement coloriste, au Salon Charmante, rue Principale à Saint-Jovite. La semaine dernière, ses cheveux étaient "or cuivré". Le flacon 57, sur l'étagère du haut.

Derrière les séchoirs, tout au fond du salon, ma mère mélange des couleurs. Mèches, teintures, balayages, reflets… Il y a des peintres en bâtiment, d'autres en chevelure.

Le bleu, normalement, n'est qu'un reflet. Mais Fernande n'a pas eu le temps de revenir à sa couleur naturelle - noir corbeau sans numéro - avant de l'essayer. Elle sait maintenant que le nouveau "bleu nuit 13" fait un peu psychédélique  lorsqu'on l'applique sur un fond "or cuivré 57 ".

Moi, je rêve d'une mèche bleu électrique. Juste une, presque discrète, qui se tiendrait bravement debout sur le dessus de ma tête. Mais pas question ! La petite Marie-Lune de Fernande et de Léandre n'a pas le droit d'être punk. Je me contente d'une coupe légèrement étagée et terriblement ordinaire, signée Gaëtanne, l'amie de ma mère, propriétaire du Salon Charmante.

Ce n'est pas très sophistiqué, mais c'est un peu ébouriffé, ce qui me convient. Avant, j'étais plutôt du genre coupe champignon. Un bol de cheveux renversé sur le crâne. Une auréole de poils trop sages. Maintenant, c'est fini. Je m'appelle encore Marie-Lune, mais attention ! Je suis plutôt une Marie-Éclipse, une Marie-Tonnerre,  une Marie-Tremblement de terre.

C'est drôle ! Les clients de Fernande lui réclament les pires extravagances, et elle ne bronche pas. Maman peint en blond Barbie les cheveux roux de Mme Lalonde, étale de jaune carotte sur la tignasse noire de Mme Bélanger, teint en noir charbon les derniers poils blanc de Joséphine Lacasse et jure à ces épouvantails qu'elles sont ravissantes. Ces dames lui demanderaient une mèche vert limette, et ma mère brasserait les couleurs sans dire un mot.

Moi? Voyons donc! C'est différent.
J'ai déjà été la gloire de Fernande. Sa fille unique. Belle et brillante. Belle, dans la langue de ma mère, ça veut dire propre, bien mise et en bonne santé. Et brillante ? Des « A » partout, en français comme en chimie.

Depuis l'an dernier, ma mère me trouve moins belle et brillante, et beaucoup trop adolescente.

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