Le plaisir de lire

Sommes-nous des dieux? Sommes-nous des monstres?
Pour le savoir, une fourmi va partir à la découverte de notre monde et connaître mille aventures dans notre civilisation de gants.
Parallèlement, un groupe de scientifiques humains va, au fil d'un thriller hallucinant, comprendre la richesse et la magie de la civilisation des fourmis, si proche et pourtant si peu connue.
On est comme aspiré par ce roman qui se lit d'une traite. Sans s'en apercevoir, pris par le suspense et la poésie, on reçoit toute sorte d'informations étonnantes et

Les premiers paragraphes du roman

Un an a passé. Dans le ciel sans lune de la nuit d'août, des étoiles palpitent. Enfin les ténèbres s'estompent. Lueur. Des écharpes de brume s'étirent sur la forêt de Fontainebleau. Un grand soleil pourpre les dissipe bientôt. Tout étincelle maintenant de rosée. Les toiles d'araignées se transforment en barbares napperons de perles orange. Il va faire chaud.

Des petits êtres frémissent sous les ramures. Sur les herbes, parmi les fougères. Partout. Ils sont de toutes espèces et ils sont innombrables. La rosée, liqueur pure, nettoie cette terre où va se jouer la plus étrange des av…

Avançons, vite.
L'injonction parfumée est nette : pas de temps à perdre en observations oiseuses. Les trois silhouettes sombres se hâtent le long du couloir secret. Celle qui marche au plafond traîne nonchalamment ses sens à hauteur de sol. On la prie de descendre, mais elle assure être mieux comme ça : la tête en bas. Elle aime percevoir la réalité à l'envers. Nul n'insiste. Pourquoi pas, après tout? Le trio bifurque pour s'engouffrer dans un boyau plus étroit. Elles en sondent le plus infime recoin avant de risquer le moindre pas.

Pour l'instant, tout paraît si tranquille que c'en est inquiétant.

Les voici parvenues au coeur de la ville, dans une zone sûrement très surveillée. Leurs pas se font plus courts. Les murs de la galerie sont de plus en plus satinés. Elles dérapent sur des lambeaux de feuilles mortes. Une sourde appréhension inonde tous les vaisseaux de leurs carcasses rousses.

Les voici dans la salle.

Elles en hument les odeurs. L'endroit sent la résine, la coriandre et le charbon. Cette pièce est une invention toute récente. Dans toutes les autres cités myrmécéennes, les loges ne servent qu'à stocker la nourriture ou les couvains. Or l'an dernier, juste avant l'hibernation, quelqu'un a émis une suggestion :

Il ne faut plus perdre nos idées.
L'intelligence de la Meute se renouvelle trop vite.
Les pensées de nos anciens doivent profiter à nos enfants.

Le concept de stockage des pensées était tout à fait neuf chez les fourmis. Pourtant, il avait enthousiasmé une grande majorité de citoyennes.