Le plaisir de lire

Maria Chapdelaine de Louis Hémon est un des classiques incontournables de la littérature québécoise. Sans cesse réédité depuis sa parution en 1916, ce roman, fut longtemps considéré comme une représentation symbolique du Canada français traditionnel où rien ne meurt. Le roman, dont l'action se déroule au début du 20e siècle à Péribonka, met en scène des défricheurs, bercés par la foi catholique, qui tentent péniblement d'arracher leur subsistance à un sol ingrat. Maria, une jeune fille "simple et sincère", s'éprend de François Paradis, le coureur des bois...

Les premiers paragraphes du roman

" Ite missa est. " La porte de l'église de Péribonka s'ouvrit et les hommes commencèrent à sortir.

Un instant plus tôt elle avait paru désolée, cette église, juchée au bord du chemin sur la berge haute au-dessus de la rivière Péribonka, dont la nappe glacée et couverte de neige était toute pareille à une plaine. La neige gisait épaisse sur le chemin aussi, et sur les champs, car le soleil d'avril n'envoyait entre les nuages gris que quelques rayons sans chaleur et les grandes pluies de printemps n'étaient pas encore venues. Toute cette blancheur froide, la petitesse de l'église de bois et des quelques maisons, de bois également, espacées le long du chemin, la lisière sombre de la forêt, si proche qu'elle semblait une menace, tout parlait d'une vie dure dans un pays austère. Mais voici que les hommes et les jeunes gens franchirent la porte de l'église, s'assemblèrent en groupes sur le large perron, et les salutations joviales, les appels moqueurs lancés d'un groupe à l'autre, l'entrecroisement constant des propos sérieux ou gais témoignèrent de suite que ces hommes appartenaient à une race pétrie d'invincible allégresse et

Cléophas Pesant, fils de Thadée Pesant le forgeron, s'enorgueillissait déjà d'un habillement d'été de couleur clair, un habillement américain aux larges épaules matelassée; seulement il avait gardé pour ce dimanche encore froid sa coiffure d'hiver, une casquette de drap noir aux oreillettes doublées en peau de lièvre, au lieu du chapeau de feutre dur qu'il eût aimé porter.

À côté de lui Égide Simard, et d'autre qui, comme lui, étaient venus de loin en traîneau, agrafaient en sortant de l'église leurs gros manteaux de fourrure qu'ils serraient à la taille avec des écharpes rouges. Des jeunes gens du village, très élégants dans leurs pelisses à col de loutre, parlaient avec déférence au vieux Nazaire Larouche, un grand homme gris aux larges épaules osseuses qui n'avait rien changé pour la messe à sa tenue de tous les jours : vêtement court de toile brune doublé de peau de mouton, culottes rapiécées et gros bas de laine gris dans des mocassins en peau d'orignal.

- Eh bien, monsieur Larouche, ça marche-t-il toujours de l'autre bord de l'eau ?
- Pas pire, les jeunesse. Pas pire !


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