Le plaisir de lire

Le cadavre gisait sur la chaussée dans une position foetale, comme si la victime s'était recroquevillée sur sa douleur. Un voile noir vite obscurci son existence, l'avait délivrée de l'horreur qu'elle venait de vivre.
Cette fois encore, le violeur avait marqué sa victime. Une lettre gravée dans la chair, sous le sein gauche, et quatre traits sanglants, formant une croix comme Maud Graham n'en avait jamais vu. Les blessures n'étaient pas très large, mais la douleur conjuguée à la terreur avaient profondément traumatisé les victimes...

Les premiers paragraphes du roman

Maud Graham détestait le campus de l'Université Laval. Sa vastitude, ses nombreux bosquets, ses lieux déserts. Autant de pièges pour les femmes qui fréquentaient l'endroit. La détective n'y avait jamais étudié; peut-être était-ce le regret de ne pas avoir connu la vie universitaire qui la poussait à haïr le campus? Non. Elle aimait enquêter et n'avait aucun goût pour les longs séjours en bibliothèque, les travaux minutieux où il fallait imaginer ce qu'un auteur avait voulu dire dans son roman. Ou ce qu'un professeur attendait d'une thèse pour la noter favorablement.

Si on avait fait remarquer à la détective qu'elle se creusait la cervelle pendant des heures pour essayer d'entrer dans la peau d'un assassin, elle aurait répondu que son travail ressemblait peut-être à celui d'un chercheur, mais que la nuit tombait tout de même plus vite sur le campus, qu'il y faisait plus froid que partout ailleurs dans un rayon de dix kilomètres - si l'on exceptait la côte Dufferin - et que son boulot ne pouvait se comparer à celui d'un étudiant. L'approbation de son patron, une bonne note dans son dossier la laissaient indifférente. 

Enfant, elle avait bien espéré les étoiles dans les marges de ses cahiers, mais ces temps étaient révolus. Aujourd'hui, tout ce qu'elle désirait, c'était arrêter l'ordure qui avait agressé Jacinthe Laurier. Car Graham était certaine que Mme Laurier avait été violée même si aucun examen n'avait encore été pratiqué sur le corps.

Le cadavre gisait sur la chaussée dans une posture foetale comme si la victime s'était recroquevillée sur sa douleur, comme si elle avait utilisé ses dernières forces pour retrouver cette attitude originelle où les ténèbres étaient si rassurantes. Un voile noir avait vite obscurci son existence, l'avait délivrée de l'horreur qu'elle venait de vivre.

-Elle s'est jetée devant l'auto, expliquait le conducteur. Je ne l'ai pas vue venir. J'ai essayé de freiner, mais avec l'orage…

Les gouttes de pluie se mêlaient aux larmes de Lucien Trudel sans qu'il songe à les essuyer. Il ne pouvait détacher son regard du corps de Jacinthe Laurier même si un policier l'avait entraîné plus loin pour prendre sa déposition.

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