Le plaisir de lire

Alexandre Crusoé a vingt ans lorsqu'il décide de résister toujours au désir que lui inspire Fanfan et de ne jamais avouer sa passion afin de la soustraire à l'usure du temps.

Faire la cour sans fléchir devient sa maxime. Amoureuse, Fanfan usera de toutes les ressources de son esprit imprévisible pour exacerber la concupiscence d'Alexandre, avec l'espoir de l'obliger ainsi à renoncer ainsi à sa résolution. Fanfan est le roman d'un jeune homme qui voulut prolonger éternellement les préludes de l'amour.

Les premiers paragraphes du roman

Depuis que je suis en âge d'aimer, je rêve de faire la cour à une femme sans jamais céder aux appels de mes sens. J'aurais tant voulu rencontrer une jeune fille vertueuse qui m'eût à la fois adoré et obligé à contenir ma passion. Hélas, les femmes de ce siècle ont oublié l'art de faire piaffer les désirs. Il me fallut donc, au cours de mon adolescence, apprendre à me brider moi-même.

Plutôt que de basculer hâtivement les filles, je m'appliquais à distiller le trouble dans leur coeur et à les amener dans la passion à petits pas. Je dépensais alors tout mon esprit pour les bien courtiser.

Peu à peu, retarder mes aveux devint un pli naturel. Vers seize ans, je ne réussissais à museler ma concupiscence que pendant quelques semaines; puis, lorsque j'étais près de succomber, je prenais généralement mes distances. Mais dans ma dix-huitième année il m'arriva de me soustraire aux exigences de mes reins pendant presque six mois . Je m'exaltais dans des amours platoniques et me plaisais à donner à mes sentiments un tour séraphique. Plus une femme parlait à mon imagination, plus je m'astreignais à mettre mes ardeurs comme à la porte de moi-

Séduire sans fléchir fut ma religion, mon sport d'élection, le double verbe qui animait mon existence .

Retenir mes élans me procurait tant d'extases que je ne voyais d'épanouissement véritable que dans l'incomplétude, dans une frustration porteuse d'espérance. Je rêvais d'une relation asymptotique où ma trajectoire et celle de ma bien-aimée se seraient dirigés l'une vers l'autre sans nous mener dans le même lit. Alors j'aurais été titulaire d'une passion perpétuelle .

La bizarrerie de mes aspirations et de ma conduite, qui m'apparaît à présent, étonnera moins lorsque j'aurais dit de quel homme ma famille est issue . Ce personnage à la destinée extraordinaire inspire depuis trois siècles à ceux qui ont hérité de son nom de singuliers comportements.

Je m'appelle Alexandre Crusoé.

Robinson est mon ancêtre. Le roman tiré de son aventure ne rapporte pas qu'avant d'échouer sur son île il eut de Mary, sa jeune épouse, un fils qui répondait au nom de William Crusoé, garçon par qui passe notre lignée devenue française au X1X siècle...

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