Le plaisir de lire

« Quand il s'arrêta dans la cour, une femme était assise sous le porche. Il avait l'air d'y faire frais et elle buvait quelque chose qui avait l'air plus frais encore. Elle quitta le prche pour venir vers lui. Il sortit de sa camionnette et la regarda, la regarda de plus près, d'encore plus près. Elle était ravissante, ou l'avait été à une époque, ou pouvait l'être encore. Et immédiatement, il se sentit envahi par cette gaucherie qui le saisissait toujours quand il était face à des femmes qu'il désirait. »

Sur la route de Madison, Pocket, 1992
185 pages.

Premiers paragraphes

Certaines chansons sont portées par l'herbe bleue et la poussière de mille routes de campagne. Automne 89, une fin d'après midi. Assis à mon bureau, je regarde clignoter le curseur de mon ordinateur quand le téléphone sonne.

Au bout du fil, Michael Johnson. Il vit maintenant en Floride mais il est né ici, dans l'Iowa. Un ami de le région lui a envoyé un de mes livres. Michael Johnson l'a lu, sa sœur Carolyn aussi, et ils connaissent une histoire qui, à leur avis, peut m'intéresser. Il est prudent et refuse d'en dire plus, mais Carolyn et lui sont disposés à venir m'en parler.

Qu'ils soient prêts à un tel effort m'intrigue, en dépit de mon scepticisme envers ce genre d'offre. J'accepte donc de les rencontrer à Des Moines la semaine suivante.

A l'Holiday Inn proche de l'aéroport, les présentations une fois faites, la gêne se dissipe peu à peu, et il s'asseyent tous les deux en face de moi, tandis qu'au-dehors le soir tombe sous une neige fine. Ils m'arrache une promesse : si je décide de ne pas écrire cette histoire, j'accepte de ne jamais révéler ce qui est arrivé dans le comté de Madison en 1965, ni les

D'accord. C'est raisonnable. Après tout, c'est leur histoire, pas la mienne.

Alors je les écoute. Je les écoute avec attention et je leur pose des questions difficiles. Et ils parlent. encore et encore. Carolyn pleure ouvertement à certains moments et Michael lutte pour ne pas en faire autant. Ils me montrent des documents, des articles de magazines et les journaux intimes de leur mère, Francesca.

Les serveurs vont et viennent. Nous reprenons du café. Tandis qu'ils parlent, je commence à voir des images. C'est ainsi : d'abord les images, puis viennent les mots.
Et je commence à entendre les mots, à les imaginer sur des pages. Un peu après minuit, j'accepte d'écrire l' histoire... ou, du moins, d'essayer.
Prendre la décision de dévoiler ces événements au grand jour leur a été difficile. La situation est délicate puisqu'elle met en cause leur mère, et, plus indirectement, leur père. Michael et Carolyn savent qu'un tel récit peut donner lieu à des commentaires déplaisants et salir les souvenirs qu'ont laissés Richard et Francesca Johnson.

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