Le plaisir de lire

Refusant la réalité, Nick, un enfant de 12 ans, gravement affecté par la mort accidentelle de son père, et le coma peut-être irrémédiable dans lequel se trouve sa mère, sombre dans un profond chagrin. Il refuse l'aide de sa tante venue s'occuper de lui, se dérobe devant le psychologue.
Sous forme de parabole, John Lowry Lamb offre un roman émouvant sur ce qu'il y a de plus essentiel dans notre vie : le sens de notre destin et les métamorphoses de l'amour dans un monde en perpétuelle renaissance.

Les premiers paragraphes du roman

Les esprits des Ériés

Braves' Point. Un haut plateau dans le nord de l'Ohio, sculpté il y a des lustres par la fonte des glaciers.
Un point culminant assez élevé pour la région, mais pas au point d'être impossible à escalader, et qui dresse ses quatre cents mètres de hauteur en suivant une pente régulière, graduelle; du sommet, on surplombe les creux et les courbes du paysage à la terre grumeleuse, aux petites vallées se pressant autour du lac Sharon, jusqu'à l'horizon qui s'interpose en disant « Terminé ».
Au pied du plateau, un vieil homme et un jeune garçon, immobiles et comme figés sur place, observaient attentivement quelque chose, un peu plus haut.
Le garçon baissa rapidement les yeux sur son compagnon, puis les leva de nouveau sur deux cerfs, un mâle et une femelle, dont les pattes étaient rivées au flanc de la colline. Divins, magiques.
« Vous avez vu ça, Doc? » dit-il, impressionné. Le vieux Dr James F. Dugan appuya un index contre ses lèvres pincées en une petite moue; l'enfant suivit son geste du regard et l'imita. Ensemble ils sourirent, complices devant ce spectacle unique.
« Ça par exemple, dit le docteur dans un murmure.
- Ohhh… », souffla le petit. Il n'avait jamais vu d'animaux sauvages de si près. Comme ils étaient

grands ! Sentant son sang battre dans ses veines, tambouriner dans ses oreilles, il ferma les yeux. Que lui arrivait-il ? Ce n'était pas la première fois qu'il voyait des animaux; il en avait élevé et soigné des quantités. Mais ceux-ci étaient différents… forts, exotiques, totalement en paix. Qu'ont-ils donc de particulier ? se demanda-t-il ?
Il rouvrit les yeux. Le cerf et la biche étaient toujours là, immobiles, à cette différence près qu'ils le fixaient, maintenant, et le forcèrent à détourner le regard.
Pourtant quelque chose clochait.
Un instant, quelques secondes à peine, le monde sembla vaciller. Oui, les deux cervidés étaient bien là, et lui,
et le Doc…
Mais les choses n'étaient pas comme il fallait. Pas comme elles auraient dû être. Les bois du cerf… on aurait dit… une imitation. On aurait dit qu'ils avaient été collés sur sa tête…
Et le Doc… Il se tourna vers le vieil homme. Il avait le visage immobile et presque transparent, comme moulé dans un plastique épais. Irréel. Rien n'est réel.
Mais non.
Bien sûr que si, voyons, tout est réel. L'enfant secoua la tête. Mais qu'est-ce que c'est ces idées-là?
Adrénaline. Des giclées d'adrénaline dans son cerveau. Des bourdonnements. Il se sentait bien, et horrifié à la fois. Lui, le Doc, les cerfs, pris dans quelques instants déformés par le temps. Puis
boum !

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