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Le Robinson qui fit naufrage sur l'île du pacifique sud était le fruit inconscient d'une société involutive. La mémoire karmique du peuple anglais l'avait tricoté. Cette société dans ses habitudes, ses idéologies, ses modes d'agir et de penser était son point de référence. Aussi ne faut-il pas se surprendre que dans les premières heures et les premiers jours de son naufrage Robinson vécut en attente d'un sauvetage, d'une solution miracle qui l'aurait ramené dans le milieu connu de lui i.e. sa société anglaise. Il chercha dans l'île ce qui était nécessaire à sa situation qu'il s'imaginait illusoirement temporaire.
Force fut pour lui de se rendre à l'évidence que le salut attendu ne viendrait pas. Cette île perdue était ignorée de tous et n'existait sur aucune carte. Seule une tempête ou une erreur de navigation pouvait amener un navire près de ses côtes. Alors tout un choc s'empara de Robinson. Comment se faire à l'idée qu'il aurait à supporter la solitude, l'absence d'autrui? Dans un premier temps, il organisa son île à partir des paramètres qu'il connaissait. Il créa habitations, cultures, lois, rituels pour se donner l'impression d'exister, d'affronter cette solitude ou cette absence d'autrui. Cette façon de faire permettait de créer une doublure imaginaire d'autrui ce qui justifiait les gestes de production, d'administration de son île. Il voulait se donner une illusion de permanence dans ces constructions.
Mais la découverte de Vendredi qu'il sauva sans le vouloir d'une mort rituelle destinée à apaiser le courroux des dieux pour ces Auricans qui choisissaient l'île comme lieu d'exécution de ce rituel amena une nouvelle dynamique sur l'île.
Dans un premier temps, Robinson fit de cet homme un pur exécutant de ses propres volontés. En effet, Vendredi était son esclave. Il avait tout lui, le blanc, à lui apprendre. Cet Aurican était l'ignare, l'abruti qu'il fallait civiliser.
Vendredi au fond représentait pour Robinson l'inconnu. C'est ce même Vendredi qui vint changer toute la dynamique intérieure de Robinson et de l'île. En effet, il fit exploser sans le vouloir les vestiges de la civilisation de Robinson: constructions, réserves alimentaires, les animaux domestiqués, les symboles de l'autorité civile ou religieuse, etc.
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