Le plaisir de lire

Au matin du 30 septembre 1759, suite au naufrage de la Virginie, Robinson se retrouve seul sur une île inconnue, déserte, du Pacifique, quelque part entre l'archipel Juan Fernandez et les côtes du Chili. N'ayant pu s'enfuir sur l'Évasion, bateau qu'il a fabriqué, et ayant récupéré dans l'épave de la Virginie ce qu'il pouvait en sauver, il entreprend de survivre sur l'île qu'il a rebaptisée Speranza, après lui avoir donné le nom de Désolation , et décide de la «civiliser».

Commentaires du Cyberprof

Premiers paragraphes

dans le vent clamaient silencieusement la détresse.
Lorsque la tempête s'était levée, la galiote du capitaine Van Deyssel devait se trouver - non pas au nord, comme il l'avait cru - mais au nord-est de l'archipel Juan Fernandez. Dès lors, le navire, fuyant sous le vent, avait dû être chassé sur les atterrages de l'île Mas a Tierra, au lieu de dériver librement dans le vide marin de cent soixante-dix milles qui s'étend entre cette île et la côte chilienne. Telle était du moins l'hypothèse la moins défavorable à Robinson, puisque Mas a Tierra, décrite par Williams Dampier, nourrissait une population d'origine espagnole, assez clairsemée, il est vrai, sur ses quatre-vingt-quinze kilomètres carrés de forêts tropicales et de prairies. Mais il était également possible que le capitaine n'eût commis aucune erreur d'estime et que la
Virginie se soit brisée sur un îlot inconnu, situé quelque part entre Juan Fernandez et le continent américain. Quoi qu'il en soit, il convenait de se mettre à la recherche d'éventuels rescapés du naufrage et des habitants de cette terre, si du moins elle était habitée.
Robinson se leva et fit quelques pas. Il n'avait rien de brisé, mais une énorme ecchymose lui broyait l'épaule gauche. Comme il redoutait les rayons du soleil déjà haut dans le ciel, il se coiffa d'une fougère roulée en cornet, plante qui foisonnait à la limite de la plage et de la forêt. Puis il ramassa une branche pour s'en servir de canne, et il s'enfonça dans le taillis d'épineux qui couvrait le pied des promontoires volcaniques du sommet desquels il espérait pouvoir s'orienter.

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Une vague déferla, courut sur la grève humide et lécha les pieds de Robinson qui gisait face contre sable. À demi inconscient encore, il se ramassa sur lui-même et rampa de quelques mètres vers la plage. Puis il se laissa rouler sur le dos. Des mouettes noires et blanches tournoyaient en gémissant dans le ciel céruléen où une trame blanchâtre qui s'effilochait vers le levant était tout ce qui restait de la tempête de la veille. Robinson fit un effort pour s'asseoir et éprouva aussitôt une douleur fulgurante à l'épaule gauche. La grève était jonchée de poissons éventrés, de crustacés fracturés et de touffes de varech brunâtre, tel qu'il n'en existe qu'à une certaine profondeur. Au nord et à l'est, l'horizon s'ouvrait librement vers le large, mais à l'ouest il était barré par une falaise rocheuse qui s'avançait dans la mer et semblait s'y prolonger par une chaîne de récifs. C'était là, à deux encablures environ, que se dressait au milieu des brisants la silhouette tragique et ridicule de la Virginie dont