Le plaisir de lire

Dans ce cinquième volet, nous retrouvons Claire et son mari, Jamie, en 1770, en Caroline du Nord. La guerre de l'Indépendance américaine est sur le point d'éclater et un grand événement se prépare chez les Fraser : le mariage de la fille de Claire, Brianna, ainsi que celui de la tante de Jamie, Jocasta.

Mais cette cérémonie de noces multiples est abruptement interrompue lorsque Jamie reçoit l'ordre de constituer, au nom de Sa Majesté, une force armée prête à intervenir en cas d'urgence. Pièges, drames, catastrophes, rien n'est épargné au couple Fraser, ni aux membres du clan. Mais la croix de feu, symboles des Highlanders en guerre, continue de briller dans tous les cœurs.

Premiers paragraphes

Je fus réveillée par le crépitement de la pluie sur la toile et par la sensation d'un baiser de Frank sur mes lèvres. Désorientée, je clignai des yeux et portai machinalement mes doigts à ma bouche. Tout en faisant cela, je m'interrogeais. Voulais-je ainsi prolonger le contact avec mon premier mari ou, au contraire, en effacer toute trace?

À mes côtés, Jamie remua et murmura dans son sommeil. Ses mouvements firent craquer les branches qui nous servaient de matelas. Recouvertes d'un piqué, elles dégageaient une odeur fraîche de cèdre. Peut-être la visite du fantôme l'avait-il dérangé. Fronçant les sourcils, je fixai le vide devant notre abri de fortune.
« Va-t-en, Frank! »

Dehors, il faisait encore sombre, mais une brume gris perle s'élevait sur la terre humide. L'aube n'allait plus tarder. Rien ne bougeait, ni à l'intérieur ni à l,extérieur. Pourtant, une sorte de souffle, un frôlement à peine perceptible, hérissait le duvet sur ma peau.
« Ne devrais-je pas être présent à son mariage? »

Je ne saurais su dire si ces mots s'étaient formés d'eux-mêmes ou si, comme ce baiser, ils n'étaient que le produit de mon subconscient. Je m'étais endormie l'esprit tout entier occupé par les préparatifs du mariage. Pas étonnant que je rêve de noces, surtout de nuit de noces.

En lissant la mousseline froissée de ma chemise, je m'aperçus avec une certaine gêne qu'elle était retroussée au-dessus de mes hanches et que le picotement sous ma peau n'était pas dû uniquement au sommeil. Réveillée en sursaut, je ne me rappelais aucun détail concret de mon rêve. Ne me revenaient à l'esprit que des sensations et des images troublantes mais confuses. C'était peut-être mieux ainsi.

Je me retournai pour me serrer contre Jamie. Il était chaud et dégageait une agréable odeur de feu de bois et de whisky, mêlée à un léger effluve de virilité. Le parfum de sa peau me faisait frémir. Je m'étirai, très lentement cambrant les reins pour frotter mon bassin discrètement contre ses hanches. S'il était profondément endormi ou s'il était peu enclin à la chose, il ne s'en apercevrait même pas, mais dans le cas contraire…

Il ne dormait pas. Un léger sourire se dessina au coin de ses lèvres. Sans ouvrir les yeux, il glissa lentement sa large main le long de mon dos et me saisit fermement une fesse.
- Mmm? Fit-il? Hmmm…

Poussant un soupir satisfait, il se détendit et se rendormit, sans pour autant desserrer son étreinte.

Je me blottis contre lui, rassurée. Sa présence physique suffisait amplement à dissiper les derniers vestiges de mon rêve. Quant à Frank - si toutefois c'était bien lui qui m'avait visitée -, il avait raison. Si cela avait été possible, Brianna aurait souhaité la présence de ses deux pères à son mariage. 
 

Désormais tout à fait réveillée, j'étais confortablement installée pour bouger. Dehors, il bruinait. La pluie était légère, mais elle rendait l'air suffisamment froid et humide pour m'ôter le courage d'abandonner mon nid douillet pour la perspective lointaine d'un café chaud. D'autant plus qu'un café chaud impliquait d'aller chercher de l'eau au ruisseau et de faire un feu… Sans compter que le bois serait mouillée, même s'il restait quelques braises dans le foyer de la veille. Ensuite, les pieds dans l'herbe trempée et les branches dégouttant dans mon cou, il me faudrait moudre le café dans le moulin en pierre et le passer.

J'en frissonnais d'avance. Je remontai la couverture sur mon épaule dénudée et décidai de me concentrer plutôt sur la liste des préparatifs du mariage.