Le plaisir de lire

Dispersée dans les terres de l'Ouest, la Communauté de L'Anneaux affronte les périls de la guerre, tandis que Frodon, accompagné du fidèle Samsagace, poursuit une quête presque désespérée : détruire l'Anneau Unique en le jetant dans les crevasses d'Oradruir, la Montagne du destin. Mais aux frontières du royaume de Mordor, une mystérieuse créature les épie... pour les perdre ou pour les sauver?

Les premiers paragraphes du roman

Aragorn gravit rapidement sur la colline. De temps à autre, il se baissait jusqu'au sol. Les Hobbits ont le pas léger et leurs empreintes ne sont pas faciles à interpréter, même pour un Rôdeur; mais, non loin du sommet, une source traversait le sentier, et il vit dans la terre mouillée ce qu'il cherchait.

« Je vois bien les signes, se dit-il. Frodon a couru jusqu'au sommet. Je me demande ce qu'il a pu y voir. Mais il est revenu par le même chemin, et il a redescendu la colline. »

Aragorn hésita. Il aurait voulu aller lui-même au haut siège, dans l'espoir d'y voir quelque chose qui le guiderait dans ses perplexités; mais le temps pressait. Soudain, il s'élança en avant et courut au sommet; il traversa les grandes dalles et monta les marches. Puis, s'asseyant dans le haut siège, il regarda autour de lui. Mais le soleil semblait obscurci, et le monde estompé et distant. Il décrivit un tour complet du nord au nord, mais il ne vit rien d'autre que les collines éloignées, sinon que dans le lointain un grand oiseau semblable à un aigle planait de nouveau haut dans le ciel, descendant lentement vers la terre en larges cercles.

Tandis même qu'il observait, son oreille fine perçut des sons dans la forêt qui s'étendait en dessous à l'ouest de la rivière. Il se raidit. Il y avait des cris et, entre autres, à son horreur, il se distinguait la voix rauque d'Orques. Et puis, soudain, résonna l'appel profond et guttural d'un grand cor, dont les échos frappèrent les collines, se répercutant dans les creux et dominant de sa clameur puissante le rugissement des chutes.

- Le cor de Boromir ! s'écria-t-il. Il est en difficulté ! Il s'élança sur les marches et descendit le sentier en courant.

- Hélas ! Je suis poursuivi par le mauvais sort aujourd'hui, et tout ce que je fais va de travers. Où est Sam ? 

Tandis qu'il courait, les appels croissaient, mais plus faibles à présent, et le cor sonnait désespérément. Les cris des Orques s'élevaient, féroces et aigus, et soudain les appels de cor cessèrent. Aragorn dévala la dernière pente, mais les sons s'affaiblirent avant qu'il n'eût pu atteindre le pied de la colline; et comme il tournait sur la gauche pour courir dans leur direction, il se retirèrent jusqu'à ce qu'enfin il ne les entendît plus du tout. Tirant sa brillante épée, il s'enfonça parmi les arbres au cri d'Elendil Elendil !                     

À un mille peut-être de Parth Galen, il trouva Boromir dans une petite clairière proche du lac. Il était assis le dos contre un grand arbre, comme s'il se reposait. Mais Aragorn vit qu'il était percé de maintes flèches empennées de noir; il avait encore l'épée à la main, mais elle était brisée près de la garde; son cor, fendu en deux, se trouvait à son côté. Un grand nombres d'Orques abattus gisaient autour de lui et à ses pieds.

Aragorn s'agenouilla à côté de lui. Boromir ouvrit les yeux et s'efforça de parler. Les mots finirent par sortir lentement :

- J'ai essayé de prendre l'Anneau à Frodon, dit-il. Je regrette. J'ai payé.

Il laissa vaguer son regard sur ses ennemis tombés; une trentaine au moins gisaient là.

- Ils sont partis, les Semi-Hommes ; les Orques les ont pris. Je crois qu'ils ne sont pas morts. Des Orques les ont ligotés.

Il se tut, et ses yeux se fermèrent avec lassitude. Au bout d'un moment, il parla de nouveau :

- Adieu, Aragorn ! Va à Minas Tirith et sauve mon peuple ! J'ai échoué.

- Non ! dit Aragorn, lui prenant la main et lui baisant le front. Tu as vaincu. Peu d'hommes ont remporté une pareille victoire. Sois en paix ! Minas Tirith ne tombera pas !

Boromir sourit.

- Par où sont-ils partis ? Frodon était-il là ? demanda Aragorn.

Mais Boromir ne dit plus rien.

- Hélas ! dit Aragorn. Ainsi disparaît l'héritier de Denethor, Seigneur de la Tour de Garde ! C'est une fin cruelle. La Compagnie est maintenant tout en ruine. C'est moi qui a échoué. Vaine fut la confiance que Gandalf avait mise en moi. Que vais-je faire, à présent ? Boromir m'a imposé d'aller à Minas Tirith et mon cœur le désire ; mais où sont l'Anneau et le Porteur ? Comment les trouver et sauver la Quête du désastre ?

Il resta un moment agenouillé, courbé par ses pleurs, sans lâcher la main de Boromir. C'est ainsi que Legolas et Gimli le trouvèrent. Ils venaient du versant ouest de la colline, se glissant en silence parmi les arbres comme à la chasse. Gimli avait sa hache à la main, et Legolas son long poignard : ses flèches étaient toutes épuisées. En débouchant dans la clairière, ils s'arrêtèrent, stupéfaits; et ils restèrent là un moment, la tête baissée de chagrin, car ils voyaient clairement ce qui s'était passé.                             
                     

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