Le plaisir de lire

Après Gabrielle, après Adélaïde, c'est au tour de Florent de poursuivre sa quête du bonheur amorcée dans les deux premiers volets de la grande trilogie de Marie Laberge. C'est sur la toile de fond du Québec des années 50 et 60, un Québec en pleine mutation, que la saga s'épanouit. Et qui dit Florent dit aussi Adélaïde, Jeannine, Alex, Fabien, Aaron, Germaine…

Marie Laberge reprend ici avec force son sujet majeur, le courage des êtres humains, bousculés, maltraités par la vie, écartées, et qui, sans faiblir, avec détermination, cherchent à atteindre le bonheur malgré les épreuves et les préjugés de l'époque.   

Les premiers paragraphes du roman

Jetez-la au feu, aux vidanges si vous le voulez, mais l'assassin de Nic et Anne ne sera pas enterré dan s le même cimetière qu'eux ! Donnez son corps pourri à la science ou aux vautours, je ne veux même pas le savoir ça ne m'intéresse pas. »

C'est le seul commentaire qu'ont pu obtenir Florent et Germaine, qui est accourue de Québec dès que la nouvelle lui a été communiquée.
Le problème de l'enterrement du corps de Kitty ne se pose pas pour l'instant, puisque l'autopsie qui suit les trois décès. Prend beaucoup de temps. La justice remet les corps de Nic et du bébé au bout de quelques jours, mais celui de Kitty fait l'objet d'analyses plus approfondies.

Le 27 juin 1949, un groupe imposant d'hommes d'affaires, de relations et d'amis se ressemblent pour les funérailles de Nic et d'Anne McNally.

Adélaïde a refusé que l'on sépare le bébé de son père et c'est elle-même qui a posé Anne contre le torse de Nic avant qu'on ferme le cercueil. Elle est allée chercher la petite couverture fétiche du bébé et elle l'en a tendrement abriée. Seules la petite tête aux joues arrondies et les boucles rousses sont visibles. Le visage de Nic, blême, demeure étonné malgré les yeux clos, malgré al rigidité de la mort.

Adélaïde le fixe longuement, incapable de pleurer ou de seulement dire adieu. Il est si fort, si puissant dans cercueil étroit, elle n'arrive qu'à se dire qu'il protégera Anne. Elle sait qu'il l'a protégée. Elle sait qu'il l'a protégée.           

Elle sait qu'il a tout fait pour la protéger-- sauf estimer l'adversaire à sa juste force.

Elle touche délicatement la bouche généreuse, caresse la mâchoire carrée, elle se revoit sur le quai à discuter : « Jure-moi ! » Aurait-il pu, aurait-il pu échapper à cette furie ? La seule qui les ait séparés momentanément, la seule qui les sépare à jamais ?

« Ada… »

Florent s'approche, enlace ses épaules : «  Il faut y aller, les gens sont là.

- Attends ! »

Comme elle l'avait décidé, elle va chercher Thomas et Léa et les amène près du cercueil. Thomas se détourne immédiatement et se réfugie dans le cou de sa mère, sauvagement agrippé à elle. Adélaïde lui parle longuement, doucement, et elle observe Léa qui pose sa main sur la tête d'Anne et sur la joue de son père. En voyant que Thomas demeure violemment détourné et refuse de bouger, Adélaïde prend la main de sa petite fille et s'éloigne en laissant Florent s'occuper du reste. Comme son fils, elle non plus désire pas voir le cercueil se fermer.

Malgré la chaleur, malgré le poids de Thomas qui ne quitte pas ses bras un instant, Adélaïde suit tout le service et se rend au cimetière, stoïque. Tous les amis, tous les proches se montrent très inquiets : le choc est si puissant, si horrible, personne n'arrive à prévoir ou à évaluer l'ampleur des dégâts.

Après les funérailles, les intimes se réunissent chez Florent. Depuis le soir du 20 juin, depuis que la police a débarqué dans la maison de Westmount, seul Lionel y est retourné et il assure la navette entre la maison et celle de Florent.
                               

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