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Ça fait un certain temps maintenant que je me connais, peut-être depuis la naissance et en tous cas depuis l'enfance, cette période où les hommes se connaissent le mieux, et j'ai survécu avec aplomb à cette autre période, celle qui suit l'enfance, et où la plupart des gens s'oublient complètement-- la période qui commence plus ou moins à la fac et se poursuit dans l'âge adulte, culminant avec la vieillesse pour se terminer progressivement à l'approche de la mort, quand on était petit et qu'il ne reste que quelques mois, bien courts, pour refaire connaissance avec soi-même avant de mourir. C'est pour ça que personne ne prend les vieux aux sérieux. C'est pour ça que personne ne prend les enfants au sérieux, mais je prends les enfants aux sérieux. J'en ai été un. C'est une des raisons pour lesquelles certains me croient fou.
Certains me croient fou et certains croient que je blague. Quand j'ai dit à Mrs. Marie que la seule personne qui m'ait dit grand chose récemment était Pogo, le personnage de BD, et que ce n'était même pas une personne mais un opossum, elle s'est mise à rire et m'a dit : - Par moments, Mr. Sears, je ne sais plus si vous blaguez ou pas. Je lui ai dit : - Je vous en prie, appelez-moi Hoover, j'aime mieux que l'on m'appelle par mon prénom. - Fort bien, m'a t-elle dit. De toute manière, ce que nous désirons au fond, c'est que vous partagiez vos sentiments avec nous. Que vous vous ouvriez. Pour établir le contact. Par moments, il est difficile de dire si vous blaguez ou pas, Mr. Sears. Je lui ai dit : - Mrs. Marie, je ne blague pas. C'est rieux ce que je vous dis. Elle a ri en se rendant compte que je blaguais. - Merci, Mr. Sears, a-t-elle dit, merci de bien vouloir nous faire partager. Son rire avait quelque chose d'un chant, quelque chose comme les vocalises de la soprano dans Mme Butterfly, bien que l'Hôpital des Enfants ne soit pas un opéra, alors et que je ne sois pas encore aujourd'hui d'humeur à blaguer.
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