Le plaisir de lire

L'adolescente Marie St-Aubin, surnommée Mica à cause de sa drogue préférée, annonce son suicide imminent à ses proches. Tout le monde accueille la nouvelle avec la plus grande indifférence.
Le lecteur est plongé dans un univers complètement délirant où les sentiments comme la violence sont à leur paroxysme. Dans cette critique sociale exacerbée où il n'y a rien de gratuit, l'auteur est d'une lucidité déconcertante. Qui plus est, il a échafaudé une fin interactive à couper le souffle : peut-être une première dans le monde de la littérature. 

Premiers paragraphes

Il est âgé de plus de deux mille ans. Il sent la transpiration à plein nez. Il a les cheveux gras coupés gros. Rougeaud. Il boit deux litres de café par jour. Il veut qu'on le vouvoie. Il croit en Dieu. Son Père. On l'appelle monsieur Jésus. C'est son vrai nom.

Au début de l'année scolaire, il est entré en transe. Il a demandé à son Père de pardonner tous ses péchés. Ça été tout un numéro. Il a fait l'imposition des mains à un fille qui portait des lunettes. Elle n'en porte plus. Un miracle.

Il nous inculque les lois de Dieu. C'est sa Mission. C'est pour cette raison qu'il est ressuscité d'entre les morts.

Deux millénaires plus tard, il donne des cours d'enseignement religieux et médiatique à des adolescents âgés de quinze ou seize ans.

En cet après-midi frisquet du mois de novembre, monsieur Jésus nous apprend l'art d'enfiler un condom. Je ne sais pas si ça fait partie de sa Mission. De son plan de cours, sûrement.

Je ne me suis pas inscrite de plein gré à ce cours. Mes parents m'y ont forcée. Quand j'ai affirmé que j'avais le goût de changer d'air, de subir un autre cours complémentaire tel que « Minceur et savoir-vomir » ou « Masturbation et affirmation de soi », j'ai failli être l'auteure d'un cataclysme. De guerre lasse, j'ai coché la case ERM sur le feuillet des choix de cours.

À l'époque, je pensais bien être la seule de mon groupe d'amis à être torturée de la sorte. J'avais tort. Abigaïl est avec moi. Présentement, elle est assise à ma droite.   

Abigaïl, c'est une drôle de fille. Une comme on en voit trop souvent.

Elle sort, depuis un mois, avec un garçon qui étudie en droit à l'université. Un arriviste qui veut et va réussir. Le genre de gars parfait qui se brosse les dents après chaque repas. Il a vingt-quatre ans. Abigaïl en a quinze, tout comme moi. Je sais, je sais. Il est légitime de crier sur tous les toits qu'il s'agit d'une atteinte flagrante aux bonnes mœurs. Non, justement. Parce qu'Abigaïl veut préserver sa virginité jusqu'à son mariage. Son ami de cœur, encore puceau (c'est ce qu'il dit), est entièrement d'accord. Il s'appelle Juda.

Elle est belle, Abigaïl. Elle le sait. Sa manière de marcher, de regarder les gars, de se pencher, de parler, de se passer la langue sur les lèvres au bon moment, de se caresser inopinément pour des raisons qui m'échappent, tout est sexy chez elle. Son corps en fait baver plus d'un.

Un fois, elle a retiré, en pleine cafétéria, son soutien-gorge. Pour répondre aux interrogations d'un gars de notre groupe. Il voulait savoir ce qu'étaient des baleines. Elle portait un t-shirt blanc et usé.

Ses explications, on s'en est contrebalancés. Ce sont ce que les baleines sont censées soutenir qui a attiré toute notre attention.

On dit d'elle que c'est une allumeuse. Je suis de cet avis. On dit que c'est mon amie. Je suis aussi de cet avis.

Revenons donc à monsieur Jésus. Dans la première demi-heure du cours, il nous a entretenus des bienfaits spirituels de la chasteté. Il nous a assuré que le meilleur moyen de chasser ces idées qui nous polluent l'âme est de se flageller violemment avec la prise d'un appareil électroménager. Le poêle ou le réfrigérateur, de préférence.         

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