Le plaisir de lire

L'auteur, Azouz Begag, à travers les yeux d'un petit garçon décrit la vie quotidienne de quelques familles d'origine algérienne dans un bidonville de Lyon. La pauvreté, la vie dans des conditions pénibles, les chicanes, le racisme, le désoeuvrement, les petits emplois de misère, le tribalisme ou les valeurs ancestrales tissent la trame de ce roman qui a gagné quelques prix et qui fut porté à l'écran.

On verra comment le petit Azouz voudra s'en sortir par la réussite scolaire et comment il fut harcelé à cause de son désir. Une chance qu'un professeur compréhensif lui redonnera sa fierté et lui permettra de découvrir ses origines algériennes.
Un cri contre le racisme et l'intolérance.

Les premiers paragraphes du roman

Zidouma fait une lessive ce matin. Elle s'est levée tôt pour occuper le seul point d'eau du bidonville : une pompe manuelle qui tire de l'eau potable du Rhône, l'bomba (la pompe). Dans le petit bassin de briques rouges que Berthier avait conçu pour arroser son jardin, elle tord, frotte et frappe sur le ciment de lourds draps gonflés d'eau.

Courbée à quatre-vingt-dix degrés, elle savonne avec son saboune d'Marsaille, puis actionne une fois, deux fois la pompe pour tirer l'eau. Elle frotte à nouveau, rince, tire l'eau, essore le linge de ses deux bras musclé… Elle n'en finit pas de répéter les opérations. Le temps passe. Elle sait bien qu'au Chaâba il n'y a q'un seul puits, mais son comportement indique une volonté précise. Elle tient à prendre son temps, beaucoup de temps. Et que quelqu'un s'aventure à lui faire la moindre remarque, il va comprendre sa douleur !

Justement, ce quelqu'un attend à quelques  mètres. C'est la voisine de Zidouma qui habite dans le baraquement collé au sien. Des deux mains, elle tient un seau dans lequel s'amoncellent des draps sales, des vêtements pour enfants, des torchons… Elle patiente, elle patiente… Zidouma, infatigable, ne daigne même pas tourner les yeux, bien qu'elle ait senti depuis quelques minutes déjà une présence dans son dos qui

qui marque des signes d'énervement. Elle ralentit même ses mouvements.

Et la voisine patiente toujours, elle pati… non, elle ne patiente plus. Laissant tomber son seau, elle charge, tel un bouc, sur sa rivale. Le choc est terrible. Les deux femmes s'empoignent dans des cris de guerre sortis du tréfonds des gorges.

Attirées par l'agitation, les autres femmes sortent des baraques. L'une d'elles, qui appartient à l'un des deux clans de la communauté, s'intercale entre les deux belligérantes pour apaiser les esprits. Soi-disant pour calmer la plus nerveuse, elle lui assène un revers de main terrible sur la joue droite. Il n'en faut pas plus à ma mère pour qu'elle se jette dans la mêlée. M'abandonnant à mon café au lait, elle met en mouvement sa solide ossature en maugréant.

Je ne tente pas de la retenir. On ne retient pas un rhinocéros en mouvement. Je finis mon breuvage à la hâte pour aller assister au pugilat. Je ne sais pas pourquoi, j'aime bien m'asseoir sur les marches d'escalier de la maison et jouir des scènes qui se jouent devant l'bomba et le baissaine (le bassin). C'est si étrange de voir des femmes se battre.

Clan contre clan, derrière les ténors du Chaâba, ma mère et ma tante Zidouma, les femmes s'empoissonnent la vie.

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