|
Il détourna la tête pour regarder distraitement le paysage, en proie à une vague sensation de menace, qui n'était pas dépourvue d'attrait. Il se trouvait dans un pays étranger, où personne ne le connaissait, où il était le dépositaire unique de son histoire et le seul juge de sa propre importance. Il aurait voulu se refermer sur lui-même, assurer son étanchéité extérieures, et cette seule pensée alourdissait ses paupières.
- Der Zug wand sich geboden auf schmalem Pass, dit l'inconnu en repliant son journal. Stuckfinstere Tunnel kamen, und wenn es weider Tag wurde, taten weitlaufige Abgründe mit Orstschaften in der Tiefe sich auf… - Désolé je ne comprends pas l'allemand, dit Jacques. - Je vous en prie, les excuses me reviennent reprit l'autre dans un excellent français, avec l'assurance d'un homme peu enclin à s'amender. Vous regardiez au-dehors et je n'ai su résister au plaisir de la citation, d'autant que celle-ci décrit précisément le paysage qui défile sous nos yeux : « Le train serpentait, sinueux, dans l'étroit défilé. Des tunnels noirs comme fours survenaient, et lorsque le jour reparaissait de vastes abîmes s'ouvraient, avec des bourgs dans leur profondeur, de nouveaux défilés suivaient, avec des restes de neige dans leurs crevasses et leurs fentes. » Avez-vous lu La Montagne magique ? - Non, mais cette description est très appropriée, en effet. - M. Bierens de Haan n'est pas n'importe qui ! dit la femme au tricot. Il pourrait réciter le livre entier par cœur. Il garde tout dans sa tête comme dans une boîte de conserve ! Pas n'importe qui, vous pouvez me croire sur parole, monsieur.
Page d'accueil Romans du Québec
|
|