Le plaisir de lire

En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux « chaînon manquant » dans l'évolution du singe à l'homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie bien vivante. Une colonie de quadrumanes, donc des singes. Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes ? Enterrant leurs morts ? Tandis que les hommes de science s'interrogent sur la nature de leurs « tropis », un homme d'affaire voit en eux une potentielle main-d'œuvre à bon marché. La seule parade aux noirs desseins du sieur Vancruysen est de prouver l'humanité des tropis. Raisonner en zoologues plutôt qu'en paléontologues ne résout qu'à demi le problème mais offre à Doug Templemore un moyen d'obtenir la preuve nécessaire. 

Premiers paragraphes

QUI S'OUVRE SELON LES RÈGLES PAR LA DÉCOUVERTE D'UN CADAVRE, D'AILLEURS TRÈS PETIT, MAIS DÉCONCERTANT, COLÈRE ET  STUPÉFACTION DU DOCTEUR FIGGINS PERPLEXITÉ DE L'INSPECTEUR BROWN. LE MEURTRIER INSISTE DÉPLAISAMMENT POUR ÊTRE INQUIÉTÉ, PREMIÈRE APPARITION DU « PARANTHROPUS  ».

ASSURÉMENT, si l'on vous réveille à cinq heures du matin, et même si vous êtes médecin ce n'est pas une façon précisément de vous disposer à l'humour. Et ce nous aurait, vous et moi- après un bon déjeuner au lit- mis sans doute en gaieté, ne nous étonnons pas que le docteur Figgins, appelé ainsi dès potron-minet, l'ai considéré tout autrement. Même l'aspect de Douglas Templemore, lequel arborait-- et pour cause- une expression plutôt dramatique, eût ajouté pour nous sans doute au comique de tous ces quiproquos ; tandis que le docteur Figgins y trouva au contraire une raison de plus pour s'assombrir. Comme aussi la nature pour le moins insolite  du cadavre qu'on lui montrait. Car cette histoire, naturellement, commence par un cadavre. Je m'excuse de la banalité d'un tel début, mais ce n'est pas ma faute.   

C'était d'ailleurs, avouons-le, un tout petit cadavre. Et certes, petits ou grands, le docteur Figgins au long de sa carrière avait eu mainte occasion d'en rencontrer. De sorte qu'il ne s'étonna point, d'abord, de celui-là. Simplement, après s'être penché une seconde sur le berceau, il se releva et regarda Douglas avec une expression, comme on dit, professionnelle. C'est-à-dire que son visage sut artistement mêler des plis propres à manifester tous ensemble la gravité, le blâme, le doigté et la compassion. Il observa pendant quelques secondes ce silence éloquent avant d'articuler entre les poils de sa grosse moustache :
- Je crains que vous ne m'ayez fait venir un peu tard…
Paroles qui lui rappelèrent, non sans ressentiment, l'heure matinale. Cependant Doug inclinait la tête.

- C'est justement, dit-il d'une voix neutre, ce que je voulais vous faire constater.
- Pardon ?
-L'enfant est mort, je suppose, depuis trente-cinq ou quarante minutes ?
Là-dessus le docteur Figgins oublia l'heure et le reste, et les poils de sa moustache s'agitèrent sous le vent d'une véritable indignation :

- Bon sang, alors, monsieur, pourquoi ne m'avez-vous pas appelé plus tôt ?
- Vous ne m'avez pas compris, dit Doug. Je l'ai piqué avec une forte dose de chlorhydrate de strychnine.         


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