Le plaisir de lire

Des cinq continents qui forment notre monde, l'Afrique est probablement le plus riche en régions encore assez peu peuplés pour demeurer le paradis des bêtes sauvages- et donc aussi des chasseurs. C'est au Kenya, dans un des ces paradis de l'Afrique orientale anglaise, qu'Ernest Hemingway (entre deux romans ou deux reportages) va chasser le gros gibier.   
Que trouve-t-on dans les hautes herbes et les forêts de ses vertes collines ? Des lions, des rhinocéros, des phacochères, des éléphants. D'inoffensives pintades ou des zèbres et cette proie convoitée entre toute à cause de ses cornes splendides : la variété d'antilope appelée koudou.   

Premiers paragraphes

Nous étions assis à l'affût que des chasseurs wanderobos avaient construit avec des  rameaux et  des branches au bord du lick quand nous entendîmes le camion approcher. D'abord, il était très loin et personne ne pouvait dire ce qu'était ce bruit. Puis il était arrêté et nous espérâmes que ce n'était rien ou peut-être seulement le vent. Puis il se rapprocha lentement, sans erreur possible, maintenant de plus en plus fort jusqu'à ce que, expirant avec une décharge de sonores explosions irrégulières, il passât par-derrière, tout près de nous, pour atteindre la route. Celui des deux guides qui était cabotin se leva.
« C'est fini », dit-il.

Je portai ma main à ma bouche et lui fis signe de se rasseoir.

« C'est fini », répéta-t-il, et il écarta tout grands les bras. Je ne l'avais jamais aimé et je l'aimais moins encore en ce moment.

« Après », murmurai-je. M'Cola hocha la tête. Je regardai son crâne chauve et noir et il tourna un peu le visage, de sorte que je vis les minces poils chinois aux coins de sa bouche.

« Fichu, dit-il, Hapana m'uzuri.
- Attends un peu », lui dis-je. Il courba de nouveau la tête pour la cacher derrière les branches mortes et nous restâmes là, assis dans la poussière du trou noir pour voir le viseur d'avant sur mon fusil; mais plus rien ne vint. Le guide cabotin était impatient et nerveux. Un peu avant l'obscurité totale, il murmura à M'Cola qu'il faisait maintenant trop sombre pour tirer.       

« Tais-toi, toi, lui dit M'Cola, le B'wana peut tirer quand tu ne peux plus y voir. »
L'autre guide, celui qui était bien éduqué, donna une autre démonstration de ses talents en écorchant les lettres de son nom, Abdullah, sur la peau noire de sa jambe, avec une baguette pointue. Je l'observai sans admiration et M'Cola regarda le mot sans l'ombre d'une expression sur son visage. Au bout d'un instant, le guide l'effaça.

Finalement, je visai contre ce qui restait de lumière et vis que c'était impossible, même avec la grande ouverture.

M'Cola m'observait.
« Impossible, dis-je.
- Oui, approuva-t-il en swahili. Aller au camp ?     
- Oui. »       

Nous nous levâmes et sortîmes de l'affût et avançâmes à travers les arbres, marchant sur la terre sablonneuse, cherchant notre chemin à tâtons entre les arbres et sous les branches, jusqu'à la route. La voiture se trouvait sur la route à peu plus d'un kilomètre de là. Comme nous arrivons, Kamau, le chauffeur, alluma les phares.

Le camion avait tout gâché. Cet après-midi nous avions laissé la voiture sur la route et nous étions approchés avec beaucoup de précautions du lick. Il avait un peu plu la veille, mais pas assez pour inonder le lick qui était simplement une trouée entre les arbres, une langue de terre creusée en cercles profonds et déchiquetée à ses extrémités avec des trous creux là, où les animaux avaient léché la poussière pour trouver du sel.
 

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