Le plaisir de lire

Ce roman français écrit par Marcel Aymé fut publié en 1933. Sous le second Empire, au village de Claquebue, une jument verte enrichit son propriétaire, Haudouin, et lui assure la notoriété. Candidat officiel du pouvoir, ce maquignon gagne la mairie. Immortalisée par son portrait, la jument rapporte la vie amoureuse de la famille. En 1873, Mme Haudouin s'éteint. À la mort du père, Ferdinand, vétérinaire puritain, reçoit le tableau-talisman et prospère. Anticlérical par politique, il tente de faire obtenir la mairie à Zèphe Maloret, ancien boulangiste et protégé du député Valtier, lié à sa fille Marguerite.

Commentaires des jeunes lecteurs et lectrices

Les premiers paragraphes du roman

Au village de Claquebue naquit un jour une jument verte, non pas de ce vert pisseux qui accompagne la décrépitude chez les carnes de poil blanc, mais d'un joli vert de jade. En voyant apparaître la bête, Jules Haudoin n'en croyait ni ses yeux ni les yeux de sa femme.
- Ce n'est pas possible, disait-il, j'aurais trop de chance.
Cultivateur et maquignon, Haudoin n'avait jamais été récompensé d'être rusé, menteur et grippe-sou. Ses vaches crevaient par deux à la fois, ses cochons par six, et son grain germait dans les sacs. Il était à peine plus heureux avec ses enfants et, pour en garder trois, il avait fallu en faire six. Mais les enfants, c'étaient moins gênant. Il pleurait un bon coup le jour de l'enterrement, tordait son mouchoir en rentrant et le mettait sécher sur le fil. Dans le courant de l'année, à force de sauter sa femme, il arrivait toujours bien à lui en faire

C'est ce qu'il y a de commode dans la question des enfants et, de ce côté-là, Haudoin ne se plaignait pas trop. Il avait trois garçons bien vifs et trois filles au cimetière, à peu près ce qu'il fallait.
C'était une grande nouveauté qu'une jument verte et qui n'avait point de précédent connu. La chose parut remarquable, car, à Claquebue, il n'arrivait jamais rien. On se racontait que Maloret dépucelait ses filles, mais l'histoire n'intéressait plus depuis cent ans qu'elle courait; les Maloret en avaient toujours usé ainsi avec leurs filles; on y était habitué. De temps à autre, les républicains, une demi-douzaine en tout, profitaient d'une nuit sans lune pour aller chanter la Carmagnole sous les fenêtres du curé et beugler « À bas l'Empire ! ». À part cela, il ne se passait rien. Alors, on s'ennuyait.

Page d'accueil     Romans de la France