Le plaisir de lire

- Je m'appelle Marie, dit-elle.
Il toussa pour s'éclaircir la voix.
- Moi, les gens m'appellent le chauffeur. J'ai un camion avec des livres… un bibliobus. Mon travail consiste à prêter des livres.
- Vous faites des tournées ?
- Oui. Je visite les petits villages entre Québec et la Côte-Nord. C'est un grand territoire… Je fais une tournée au printemps, une durant l'été et une à l'automne.
- Il eut du mal à prononcer le dernier mot et son visage s'assombrit.

Les premiers paragraphes du roman

Il ouvrit la fenêtre pour mieux entendre la musique. C'était une petite musique de fanfare avec des cuivres et des tambours. Il se pencha au dehors, mais elle venait de l'autre bout de la terrasse Dufferin. Comme le temps était beau, il décida d'aller voir. Il descendit les cinq étages.

De loin, il vit un attroupement devant le Château Frontenac. Il s'approcha et se mêla aux gens. La fanfare comprenait une poignée de musiciens, mais aussi des jongleurs, des clowns, une chanteuse et un chien noir.

La chanteuse terminait une chanson. Il ne peut s'empêcher de sourire : c'était La java bleue. Les spectateurs reprenaient le refrain. Il y eut des applaudissements et la chanteuse, qui portait une longue robe verte avec des paillettes dorées, s'inclina comiquement. Puis les musiciens rangèrent leurs instruments et allèrent s'appuyer au garde-fou de la terrasse. Il se mit à côté d'eux pour entendre ce qu'ils disaient.

Ils étaient venus de France à l'invitation du Festival d'été. C'était leur première visite à Québec. Ils devaient être là depuis quelques jours, car ils avaient l'air de bien connaître la grande baie qui s'étendaient devant eux, avec la rive sud, la côte de Beauport, l'Île d'Orléans que le fleuve tenait dans ses bras, et les montagnes de

Charlevoix très loin à l'horizon. Ils ne cachaient pas leur admiration devant l'immensité du paysage.

Du coin de l'œil, il nota que la personne accoudée au garde-fou, à sa droite, était une femme. Elle portait un tee-shirt blanc et des jeans d'un bleu ni trop pâle ni trop foncé, exactement comme il les aimait.

Elle se tourna vers lui.

- La vue est superbe ! Dit-elle avec chaleur.

Elle avait une voix un peu cassée.

- C'est vrai, dit-il.
- Je pense que le Rhône était un gros fleuve, mais ici c'est beaucoup plus large.
- Vous habitez dans la vallée du Rhône ?
- Tout près. À côté de la petite ville de Tournon. Vous connaissez ?

Il fit signe que oui. La femme s'approcha. Elle avait les cheveux gris et frisés, et un visage osseux comme celui de Katharine Hepburn. Un beau visage. Un mélange de douceur et de force.

Vous êtes avec la fanfare ? Demanda-t-il.
- Oui, dit-elle, mais je ne suis pas musicienne. Je m'occupe des engagements, des réservations et de tous les détails matériels. Je suis un peu...
 

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