Le plaisir de lire

Une femme, Max, au tournant de la quarantaine, interroge aussi bien son présent que son passé. Et elle deviendra presque magiquement au yeux de tous les lecteurs la figure éternelle du questionnement et du doute. Pourtant, Le Pari est un drame contemporain, précisément parce que ce qui s'y joue défie le temps et l'espace. Mais cette Maximilienne nous est proche. Femme moderne, médecin, épouse, aux prises avec un présent qu'elle juge insatisfaisant de même qu'avec quelques fantômes du passé, elle n'échappera pas, cette fois, aux tremblements du cœur et de l'esprit.

Les premiers paragraphes du roman

Simon avait entrouvert la fenêtre pendant la nuit, le store claquait, baignait notre chambre de lumière. Un vent tiède parfumait la pièce. J'aurais dû rester bien au chaud dans mon lit, la tête enfouie dans mon oreiller, heureuse comme une chatte endormie à profiter d'un congé bien mérité après cinq longues journées de garde à l'urgence. Au lieu de cela, je me suis levée, j'ai aspergé mon visage d'eau froide, brossé mes dents en hâte et démêlé vigoureusement mes cheveux avant de les torsader en chignon. Comme toujours, j'avais choisi mes vêtements la veille. Un tailleur-pantalon rouille était accroché à la porte de ma garde-robe. J'allais le prendre lorsqu'une robe bleue, toute simple, légère, attira mon regard. Un tel choix représentait une véritable entorse à mon code vestimentaire pour le travail et pourtant, ce matin-là, j'enfilai la robe bleue.

Je n'avais pas le temps de préparer du café frais. J'ai simplement réchauffé au micro-ondes un reste de mixture brunâtre oublié dans la cafetière depuis le déjeuner de la veille et j'ai attrapé en vitesse une barre de céréales avant de filer vers l'hôpital de Verdun. J'avais encore une fois accepté de remplacer un collègue qui, lui, avait mieux à faire que traîner dans les salles

C'était un matin splendide. Au cours des derniers jours, la neige avait disparu brusquement, comme par magie. Jamais l'hiver ne m'avait paru aussi interminable et je m'étais préparée à tenir le coup encore plusieurs semaines mais voilà que soudain le printemps jaillissait de toutes parts. En ouvrant la porte pour sortir, j'ai cligné des yeux, éblouie par un soleil furieux. Au même instant, des parfums puissants m'ont assaillie et je suis restée là, sur le seuil, immobile, retenant mon souffle pour ne pas briser le sortilège. J'avais retrouvé, pendant un bref instant, l'ivresse des printemps de mon enfance, cette saison miraculeuse qui faisait gonfler puis éclater les bourgeons des mille pommiers de notre île, transformant les vergers en un gigantesque champ de fleurs.

La veille, Simon et moi avions fêté mon quarantième anniversaire de naissance au Vieux Saule, notre restaurant habituel. Moët et Chandon, feuilleté d'escargots, truite et fromages. Nous aurions pu nous permettre de telles gâteries, et bien d'autres encore, beaucoup plus souvent, mais nous avions pris l'habitude de les réserver aux grandes occasions : la veille du jour de l'An, nos anniversaires de naissances et notre anniversaire de mariage.

 

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