Le plaisir de lire

Ce roman québécois a été écrit en 1933 par Claude-Henri Grignon. L'auteur a dessiné au trait fort le personnage de Séraphin Poudrier qui, sur sa maigre terre des Laurentides, mène une double activité d'agriculteur et d'usurier. Il tient à sa merci aussi bien les colons à l'existence précaire que les bourgeois impécunieux. Quant à sa femme, la pauvre Donalda, il la traite à peine mieux que les bêtes de sa ferme. Quand il la voit mourir, c'est d'abord en avaricieux qu'il réagit en pensant aux économies de vêtements et de nourriture qu'il va faire... Séraphin Poudrier incarne dans la littérature québécoise le type même de l'avare.

Commentaires des jeunes lecteurs et lectrices

Les premiers paragraphes du roman

Tous les samedis, vers les dix heures du matin, la femme à Séraphin Poudrier lavait le plancher de la cuisine dans le bas côté. On pouvait la voir à genoux, pieds nus, vêtue d'une jupe de laine grise, d'une blouse usée jusqu'à la corde, la figure ruisselante de sueurs, où restaient collées des mèches de cheveux noirs. Elle frottait, la pauvre femme, elle raclait, apportant à cette besogne l'ardeur de ses vingt ans.
D'un geste vif, précis, elle répandait sur le plancher des poignées de sable blanc et, à l'aide d'un bouchon de paille ou de pesat qu'elle trempait dans un seau d'eau, elle frottait d'une main vigoureuse jusqu'à ce que le plancher devînt jaune comme de l'or.
Depuis l'âge de dix ans que Donalda faisait ce travail, elle en connaissait bien le mécanisme peu compliqué, mais dur.

Quand les reins commençait de lui chauffer, elle se pliait de telle façon que la douleur disparaissait, ou si un genou lui faisait mal, elle le déplaçait un peu, éprouvant tout de suite une sensation de bien-être qui la reposait et qui redonnait à son corps et à son coeur une poussée verticale de sang et de courage.
Comme toutes les choses qu'elle savait, Donalda avait appris à laver un plancher chez ses parents, à l'époque de la colonisation, au Lac-du-Caribou. Et c'était d'une valeur si considérable que le vieux garçon Séraphin Poudrier, dit le riche, l'avait tout de suite remarqué. Il lisait dans les gestes. Ses hautes qualités de paysan retors le poussaient à rechercher, dans la femme, la bête de travail beaucoup plus que la bête de plaisir. Comment aurait-il pu hésiter, puisqu'il possédait les deux ?

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