La société

L'individu sous aucun prétexte ne peut récuser sa responsabilité face au droit d'être. Aucune organisation politique, syndicale, religieuse ne peut mettre en tutelle son droit absolu de vivre sa vie d'une façon exclusive à lui-même. Il doit nier à la société le droit de le vampiriser.

Toute société se nourrit, se maintient, se perpétue grâce au sang de ses membres. Que deviendrait une église sans ses dévots, sans ses croyants, sans ses pratiquants? Que deviendrait un gouvernement sans ses payeurs de taxes? Que deviendrait un syndicat sans ses cotisants, sans ses délégués, sans ses porteurs de pancartes, sans ses marcheurs? Que deviendrait une organisation caritative sans ses bénévoles, sans ses individus se sentant coupables de leur abondance? C'est pourquoi, il est dit que ces corps constitués sont à l'image de leurs adeptes et que les adeptes ont les gouvernants qu'ils méritent.

Nous verrons à la fin de ce siècle coexister deux catégories d'individus. Une première catégorie d'individus, très petite pour le moment en nombre, auront découvert que la seule responsabilité qui leur incombe est  l'évolution de leur personne. Que pas une institution qu'elle soit politique, religieuse et syndicale ne pourra prendre en charge cette responsabilité qu'ils ont face à leur personne. La vie de ces individus ne sera plus jamais à la remorque de quoique ce soit. Ils seront centriques et trouveront en eux-mêmes toutes les réponses concernant leur destin planétaire et cosmique. Ces individus seront libres et dans leur savoir. Ils auront extirpé de leur vie la crainte, l'inquiétude et la peur. Ils vivront une certitude totale. Ils vivront dans ce monde en respectant les paramètres de leur civilisation non pas qu'ils en ont besoin, mais pour ne pas créer d'opposition négative autour d'eux.

La deuxième catégorie d'individus, hélas la plus nombreuse, sera celle qui aura toujours besoin que les autres fassent pour eux ce qu'ils n'ont pas l'intelligence de faire par eux-mêmes. C'est à cause de ces êtres vampiriques et inconscients que les gouvernements, les églises, les syndicats existent. Cette deuxième catégorie brûle la meilleure des énergies des forces naïves et spirituelles de notre société. Ce sont eux qui  crochissent à tout point de vue cette société. Viendra un jour où de belles âmes n'existeront plus pour les torcher. Viendra un jour où les gens conscients les laisseront dans leurs illusions. Ces êtres prisonniers de leur race, de leur passé, de leurs valeurs, de leurs connaissances, de leur spiritualité sont de plus en plus ingouvernables. Leur inconscience les amènera à leur perte.

Les gouvernants justifient leur existence à cause de ces individus immatures qui exploitent à fond le système. Au lieu de se donner des couilles pour se prendre en main, ils cherchent dans la sécurité sociale l'institutionnalisation et la légitimation de leur immaturité. Seul un sevrage radical pourrait les « adulter » et encore!

Alors, se pose le problème de l'implication dans la conscience sociale, dans la socio-dynamique de la société? L'individu centrique est capable d'établir une différence entre sa conscience personnelle et la conscience sociale. S'il décide de s'impliquer, cela exigera de l'intelligence et de la sensibilité. Il devra éviter d'être récupéré par le système et édulcorer sa conscience personnelle. C'est une forme de prostitution dont il ne peut être dupe. Il devra avoir beaucoup de discernement. Il doit être capable de ne pas s'impliquer tout en s'impliquant.

Comme il sait que le système prend tout, qu'il est vampirique, qu'il ne donne rien, il devra se tenir sur ses gardes. Par exemple, la guerre prend la vie de l'individu pour une cause. L'individu inconscient se laisse avoir. Alors comme l'individu doit quand même vivre dans cette société, il doit doser son implication. Il ne sera jamais assez imbécile pour donner tout un bras au système s'il peut donner uniquement une main. C'est cela la maîtrise de l'énergie i.e. le respect de soi-même, de sa conscience personnelle. Toute décision est prise à partir de lui-même.

Nous vivons à la fin d'un cycle, à une époque de grand vide social. La société montre beaucoup d'abrutissement. On assiste à la rupture des valeurs anciennes. L'homme vit les illusions de la démocratie, du libéralisme et les luttes ne s'arrêteront pas. Les soubresauts sont inévitables. L'homme est la mesure des valeurs sociales et non pas les référents à la mode. C'est ainsi que l'homme centrique prend ses distances par rapport à la société.

Le danger d'une trop grande implication, c'est la perte d'énergie. La perte d'énergie se vit devant l'impuissance de pouvoir traverser le système et d'y amener une régénération radicale permettant à l'individu de garder son identité et de développer sa créativité sans entraves. Ce constat d'impuissance amène l'individu conscient i.e. l'individu qui voit tout le « jeu » à s'insulariser. Il viendra chercher dans la société ce qui est nécessaire pour sa survie matérielle et il ne comptera surtout pas sur elle pour assurer sa survie psychologique. Ce serait laisser à la société trop d'espace. Ce mandat, elle ne peut le remplir. Lui-même verra à se créer les conditions pour être bien dans sa peau.

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