La critique

L'homme pris au sens générique du terme qui crée une forme littéraire, picturale, musicale, théâtrale, etc. doit vivre avec le fait que cette forme est vue, analysée, critiquée, appréciée par d'autres individus. Cette forme est l'expression de sa créativité, de l'expansion de son être. Cette forme est la matérialisation d'une vibration qui l'habite. C'est un acte individuel. La collectivité n'a qu'à prendre acte de ce fait. Jamais l'homme créateur ne tiendra compte d'une possible critique dans son action intelligente. S'il agissait de la sorte, il manipulerait des formes existantes pour en faire sortir une illusoire tentative de créativité.

Peu d'oeuvres sont inédites sur la planète. Hélas, nos pseudo-créateurs ne véhiculent souvent que des « redites » habillées selon la mode du moment. La mode féministe, la mode écologique en sont deux exemples récents. Dans les années 60, nous avons connu la mode des révolutionnaires de salon et la mode des ...istes épicés à toutes les sauces.

Créer, ce n'est pas régurgiter ce que d'autres ont déjà dit, fait ou pensé. Ce perroquage n'apporte rien de neuf à la civilisation. Il faut convenir que celui qui critique une oeuvre le fait toujours selon ses valeurs, son idéologie ou pire selon les « diktats » de son employeur. Souvent ce critique n'est pas capable de saisir l'esprit qui se cache derrière la forme, dénué qu'il est lui-même d'esprit. La critique est une attitude qui manifeste un ego orgueilleux qui souffre de nombrilisme. Si l'oeuvre choque ses paramètres issus de ses valeurs, de ses idéologies, de ses connaissances mécaniques, de ses mémoires sclérosées et « fétichées », le critique se rebiffe, part en guerre, attaque, méprise.

Une forme est toujours par définition éphémère. Elle devait se manifester dans un espace-temps précis pour faire avancer la civilisation. Que des êtres créateurs n'aient pas la tribune nécessaire pour publiciser leurs formes, c'est l'évidence même.

Le système se protège et se défend. Il soutient, nourrit, adule les individus qui sont partie prenante du système. Le système s'accommode mal des individus qui remettent en question le système. Le système tolère certains individus qui manifestent une certaine originalité en autant que ce soit comme un hors-d'oeuvre. Les propos tenus par un certain « philosophe » dit jovialiste en est un exemple.

Le système est réfractaire à la différence. Or, la critique banalise la différence. La critique institutionnalisée est l'instrument par excellence pour maintenir le conformisme.

Or, le vedettariat permet aux masses de se « conformiser » en toute bonne conscience. Les critiques qui jouent volontairement à la vedette le savent. Les voir critiquer par leurs paroles, gestes et écrits devient en soi un spectacle. Comment voulez-vous que cette mise en scène offre les conditions pour saisir l'esprit de l'oeuvre critiquée? Il faut avoir soi-même de l'esprit et une très grande transparence égoïque pour critiquer intelligemment une oeuvre.

L'individu qui se fait une idée de l'oeuvre à partir des « opinions » d'une critique manque d'identité, de centricité. Croire les « opinions » ou pire les faire siennes est anathème à l'intelligence humaine. Comment voulez-vous demander aux ténèbres d'éclairer la lumière?

L'homme qui est dans son intelligence est lumière. Il n'a que faire des voiles des critiques, car derrière la critique se profile la croyance naïve. Croire la critique, c'est renoncer à son intelligence. L'homme ne peut « s'inférioriser » à ce point. Que le critique de part sa fonction sociale véhicule de l'information neutre, non émotivée sur une oeuvre, c'est acceptable. Mais de là à filtrer l'oeuvre, à la déformer, à la juger, le créateur ou la société peuvent s'en passer. Comment peut-on sans se prendre pour un autre juger la créativité énergétique de l'intelligence?

La critique ne peut qu'amener de la réflexion i.e. de la déformation à ce qui dans un temps et espace précis a été parfait. Le créateur lui-même dans un autre temps est capable de démolir son oeuvre pour la propulser créativement encore plus loin dans une autre forme. On appelle cela évoluer. S'attacher ou aduler une forme est une attitude retardataire qui fait de cet individu au début créateur un être vieilli, déphasé, incapable de moduler l'énergie dans une instantanéité créative sans s'attacher au passé.

Se libérer émotivement du passé et de toutes ses impressions et vivre dans le vide plein de l'instant présent est la clé de toute créativité. Déjà le critique est déphasé par rapport à l'oeuvre puisque le créateur est déjà rendu plus loin dans sa dynamique créative intelligente. Prisonnière de ses mémoires, l'humanité tourne en rond. L'homme dans son savoir et son intelligence créera la civilisation de demain. Quant au critique, il se créera une quelconque utilité sociale en déformant l'oeuvre du créateur.

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